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Sylvie Laplante
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Qu’est-ce qu’une alimentation saine? «Manger les bonnes choses de la terre, sauf le chocolat», a répondu l’un des enfants de 6 à 12 ans consultés à ce sujet par Santé Canada. La conclusion de ces groupes de discussion qui réunissaient 144 familles : parents et enfants ont une perception positive de leur régime alimentaire. «Je pense que je mange bien parce que ma mère me dit ce qui est bon et je le mange», a affirmé un autre jeune interviewé.
Pourtant, selon la Société canadienne de pédiatrie, on observe une hausse importante de troubles alimentaires chez les adolescentes et une progression inquiétante du taux d’obésité infantile. La Société considère qu’un trop grand nombre d’enfants restent à la maison à regarder la télévision au lieu d’aller jouer dehors, surtout qu’ils passent déjà de cinq à sept heures par jour sur les bancs d’école. Ajoutons à cela, les jeux vidéo et Internet, le grignotage et le fast-food en abondance, et il n’est pas surprenant de constater que le problème d’embonpoint soit de plus en plus préoccupant.
Une étude canadienne révèle qu’au cours des 15 dernières années, les cas d’obésité ont augmenté de plus de 50% chez les enfants de 6 à 11 ans et de 40% chez les 12 à 17 ans. Même nos cousins français, qui se croyaient à l’abri de ces méfaits, ont connu une progression des cas d’obésité infantile de 30% en 10 ans. Aux États-Unis, on estime à l’heure actuelle que le quart des enfants sont obèses.
Voir défiler ces statistiques n’a rien de rassurant lorsqu’on sait que l’obésité peut entraîner bon nombre de problèmes de santé importants à l’âge adulte (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires, etc.). S’il faut porter une attention particulière à cette situation, il ne faut pas céder à la panique pour autant. Tous les spécialistes s’entendent pour adopter une approche pondérée, car dans la majorité des cas, le problème peut être corrigé en y mettant l’énergie nécessaire.
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Trop ou pas assez?
À la naissance, 12 à 15% de la masse corporelle totale correspond à de la graisse. Durant les premiers mois de vie, cette proportion de graisse, indispensable au développement de l’enfant, augmente pour atteindre 21 à 23% vers l’âge de 1 an (le beau bébé joufflu!). Ensuite, jusqu’à 6-8 ans, cette proportion de graisse diminue régulièrement. L’enfant est dans sa phase maigre qui inquiète parfois inutilement les parents. Par la suite, la quantité de graisse corporelle augmente à nouveau, jusqu’à la fin de la croissance. Selon certaines études, plus ce «rebond de corpulence» survient prématurément, avant 5 1/2 ans, plus l’enfant risque d’être gros à l’adolescence.
L’obésité est une question complexe qui relève de plusieurs facteurs : hérédité, habitudes alimentaires, activité physique, situation familiale, etc. Selon l’Institut national de la nutrition, la probabilité qu’un enfant devienne obèse serait de 10% s’il a des parents de poids normal, de 40% si un des parents est obèse, et de 80% si les deux parents sont obèses. Mais, rappelle l’Institut, tous les enfants obèses ne deviennent pas des adultes obèses. «Il est fort difficile de prédire le poids, à 40 ans, du jeune enfant joufflu, souligne la diététiste Louise Lambert-Lagacé dans «La sage bouffe de 2 à 6 ans» (Les Éditions de l’Homme). Le problème n’est pas irréversible s’il est détecté à temps et traité de la bonne façon».
Même son de cloche du côté de Céline Huot, endocrinologue à l’Hôpital Sainte-Justine. Interrogée par le magazine Forum, elle explique : «Mon client type est un préadolescent de la fin du primaire. Il vient en consultation avec ses parents et s’attend à se faire confirmer une perturbation physiologique. Il va jusqu’à dire : je suis gros, je ne suis pas beau, mais il ne peut en être autrement. Pourtant son problème n’est pas compliqué : il dépense moins de calories qu’il en absorbe». La Dre Huot croit que les cas d’obésité résultant de troubles métaboliques ou endocriniens «ne jouent qu’un rôle mineur dans ce nouveau fléau».
Nous en revenons donc au manque d’activité physique qui serait grandement imputable aux habitudes télévisuelles des jeunes. «Les enfants qui regardent beaucoup la télévision sont en moins bonne forme physique et ont tendance à grignoter plus souvent», affirme la Société canadienne de pédiatrie, qui ajoute que les publicités diffusées aux heures de grande écoute des enfants contribuent également à favoriser l’obésité. «La plupart des aliments annoncés contiennent beaucoup de calories, comme la camelote alimentaire, les bonbons et les céréales sucrées.» On recommande donc de diminuer les heures d’écoute et d’avoir sous la main des collations plus nutritives. Ce conseil vaut aussi pour les enfants qui rentrent seuls à la maison après l’école. «Un jeune d’âge scolaire sur cinq se retrouve parfois seul à la maison ayant à décider quoi et quand manger», indique l’Institut national de la nutrition qui suggère de mettre à leur portée des aliments nutritifs qui chatouilleront leur palais:
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Questions de taille
Puisque la croissance et la prise de poids ne surviennent pas au même moment chez tous les enfants, comment savoir si notre bambin a un réel problème de poids? Dans «La sage bouffe de 2 à 6 ans», Louise Lambert-Lagacé nous fournit quelques indices. Si un enfant de 3 ou 4 ans a pris plus de 5 livres (2 1/ 2 kg) au cours de la dernière année sans avoir de problèmes médicaux, Mme Lambert-Lagacé conseille de tenter de ralentir le rythme de gain de poids de l’enfant par un menu approprié et d’accroître son activité physique. «Il ne s’agit pas de faire beaucoup maigrir l’enfant, car à cet âge, une perte de poids nuit au développement global de l’enfant. Si un enfant de 4 ans a pris 15 livres (7 1/2 kg) en 1 an (ce que plusieurs enfants gagnent en 3 ans), l’objectif du traitement vise à maintenir le même poids jusque vers l’âge de 6 ans, ou jusqu’à ce que le poids de l’enfant soit mieux adapté à sa taille», précise la diététiste.
Comme tous les spécialistes, Louise Lambert-Lagacé insiste sur l’importance de faire participer toute la famille à l’adoption de bonnes habitudes alimentaires. L’enfant ne doit pas se sentir puni ou privé de nourriture, car il risque de développer une relation malsaine avec les aliments, ce qui peut entraîner des troubles alimentaires à plus long terme. «Les enfants obèses sont soumis à de telles pressions que leur estime de soi et leur confiance en la vie peuvent être sérieusement ébranlées, prévient, pour sa part, la diététiste Nicole Doucet. C’est pourquoi une approche en douceur, basée sur la patience et la persévérance, a beaucoup plus de chances de réussir». Mme Doucet rappelle les trois règles d’or : le contrôle du régime alimentaire non restrictif, adapté aux goûts et aux besoins nutritifs de l’enfant, la planification d’activités physiques plaisantes pour l’enfant, dont des activités familiales, et, évidemment, l’apprentissage de saines habitudes alimentaires. Le Guide alimentaire canadien, avec lequel les enfants sont généralement familiarisés à l’école, vous sera sûrement de bon secours.
La prévention a bien meilleur goût!
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Pour en savoir plus :
La sage bouffe de 2 à 6 ans, Louise Lambert-Lagacé, Les Éditions de l’Homme, 1984.