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Sylvie Laplante
Non, ce ne sont pas toujours que des taquineries d’enfants ou des mauvais tours de petits garnements! Lorsqu’on parle de rejet, d’insultes répétées, de menaces ou de violence verbale ou physique entre enfants de 5e année, il s’agit bel et bien d’actes d’intimidation lourds en conséquences. Parents, enfants et professionnels, il est plus que temps de sonner la cloche pour rompre la loi silence!
«Simon s’arrête brusquement. De l’autre côté de la rue, il vient d’apercevoir Melon qui se rend chez lui en longeant les murs des maisons. Melon, c’est le nom que les élèves de la classe ont donné à Francis. C’est une idée de Simon. Il dit toujours : Melon, c’est un légume, il faut le planter! (…) Dominique connaît bien Melon. C’est un peureux, un pourri au ballon. Personne ne veut l’avoir dans son équipe. Il parle sur le bout de la langue et il n’a pas d’amis. Dominique joue quelquefois avec lui quand ses amis ne sont pas là (…) Il ne lui parle jamais à l’école parce que personne n’aime Melon (…) Et puis, Melon quand tu t’occupes trop de lui, il est collant comme un ruban gommé !»
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Cet extrait du livre jeunesse «Au secours!», du psycho-éducateur Jean Gervais, illustre bien le cercle vicieux de l’intimidation entre enfants, aussi appelé «bullying». «On ne sait pas si ce phénomène est plus fréquent qu’auparavant, souligne M. Gervais, professeur à l’Université du Québec à Hull. Nous savons par contre que le manque de ressources pour superviser les élèves est à la hausse et que, grosso modo, 50 % des enfants seront victimes d’intimidation au cours de leur vie d’écolier. Ce qui est déjà beaucoup trop», poursuit le spécialiste en psychologie infantile.
«Il ne faut guère plus qu’un jeune en mal de dominer, comme Simon dans notre histoire, et quelques complices pour qu’un enfant devienne la cible de harcèlement sur le chemin de l’école, dans l’autobus scolaire, dans la cour de récréation ou ailleurs. Ces expériences sont sources d’importants problèmes affectifs chez les enfants qui les vivent. Elles engendrent détresse, perte de confiance en soi, troubles d’anxiété et cauchemars, en plus de compromettre l’apprentissage scolaire», explique Jean Gervais dans le «Mot aux parents et aux éducateurs» qui suit l’histoire de Melon, Simon, Dominique et compagnie.
Comment agir?
Ces dernières années, on a surtout parlé de «taxage» (extorsion de biens ou d’argent appartenant à un autre jeune), mais très peu des autres formes d’intimidation qui touchent principalement les enfants de 5e et 6e années du primaire ainsi que de 1e et 2e années du secondaire. Pourtant, des recherches démontrent que tous ces comportements peuvent même mener leurs victimes à la dépression et au suicide. C’est pourquoi l’Ordre des psychologues du Québec a lancé, l’automne dernier, une campagne de sensibilisation s’adressant autant aux enfants qu’à leurs parents, ainsi qu’à tous les intervenants du milieu scolaire.
Pendant cette campagne, l’Ordre a aussi mis à la disposition du public une ligne d’écoute gratuite. «On ne pensait jamais que le problème était aussi répandu!, s’exclame Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. Tout le monde cherche des ressources pour intervenir de la bonne façon. Des chauffeurs d’autobus scolaires nous ont téléphoné, tout comme des parents à la recherche d’associations ou de groupes d’entraide qui n’existent malheureusement pas encore», poursuit la psychologue.
Rien vu, rien entendu…
«Jonathan a 10 ans. Ses camarades d’école le rejettent sans cesse et prennent un malin plaisir à le harceler, à rire de lui et à lui faire de la peine. Un jour, dans la cour de l’école, ils lui ont baissé son pantalon pour le ridiculiser. Ces événements se produisent fréquemment dans la vie de Jonathan».
(Extrait de la brochure de l'Ordre des psychologues du Québec)
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Parmi les 49% de jeunes Canadiens qui affirment avoir été victimes d’intimidation au moins une ou deux fois au cours des mois précédents l’étude, 8% disent l’avoir été plusieurs fois par semaine. Ce qui pourrait vouloir dire un ou deux élèves par classe. Filles et garçons se retrouvent d’un côté comme de l’autre. Dans le cas des filles, on parle plus généralement de formes d’intimidation indirectes (se faire rejeter et isoler, parler dans le dos de l’autre, faire courir des rumeurs qui lui font du tort, etc.). L’intimidation de type direct pourrait se traduire ainsi : se faire injurier (se faire traiter de gros épais, de fifi, etc.), se faire menacer de coups de poing, de gifles ou de blessures, se faire voler de l’argent, son lunch, des vêtements ou des objets, se faire enfermer dans un casier, etc.
«Le problème, c’est que l’intimidation se vit dans le silence. L’enfant n’ose pas en parler à ses parents et à ses professeurs et les autres enfants qui sont spectateurs de ces actes n’osent pas les dénoncer», résume Rose-Marie Charest. Il faut réussir à faire en sorte que l’intimidation ne soit plus perçue comme un problème entre deux personnes, encouragée par des amis qui veulent rester du côté du plus fort. Il faut réussir à amener les enfants spectateurs à réagir dans le bon sens pour, justement, décourager l’intimidateur qui perdrait ainsi son pouvoir.»
Faire front commun
Car, c’est bien de pouvoir dont il est question. On ne parle pas d’intimidation lorsque deux élèves de force semblable se tiraillent, argumentent ensemble ou encore se taquinent amicalement. Le portrait type de l’enfant victime d’intimidation pourrait se dresser ainsi : il a une faible estime de lui-même et éprouve un sentiment d’infériorité ; il est souvent plus jeune, plus petit ou plus faible que l’intimidateur ; il a peur de se faire blesser ou de se blesser lui-même dans les sports où il manque d’habiletés ; il est timide et pleure facilement. Mais, attention, cet enfant peut aussi être colérique et avoir tendance à réagir impulsivement lorsqu’il est attaqué ; il est souvent hyperactif ou inattentif et il peut tenter d’intimider des élèves plus faibles que lui. Cela peut conduire encore plus loin, comme on l’a vu dans le cas de l’attentat de l’école Santana aux États-Unis où le jeune tueur était rejeté et subissait de continuelles intimidations.
C’est pourquoi, il est important de réagir en faisant front commun : enfants, parents, enseignants et tout autre intervenant en milieu scolaire. Le psycho-éducateur Jean Gervais, rappelle que les écoles ont la responsabilité de faire respecter très fermement les règlements interdisant le harcèlement et la violence entre les enfants. «Et même si cela se produit sur le chemin de l’école, l’institution est tout de même concernée», ajoute-t-il. Une surveillance accrue dans les cours de récréation serait d’une aide précieuse, croit aussi le spécialiste de ces questions d’intimidation.
En terminant, M. Gervais nous ramène à une étude très révélatrice réalisée dans des écoles de Toronto. Cette étude démontre que des actes d’intimidation se produisent toutes les sept secondes mais que les professeurs ne sont au courant que de quatre pour cent des incidents. Sept professeurs sur dix, mais seulement un élève sur quatre déclarent que les professeurs interviennent toujours. Près de 40% des victimes avouent ne pas avoir parlé du problème à leurs parents. Quatre-vingt-dix pour cent des enfants jugent très désagréable d’être témoins de scènes d’intimidation. Les pairs sont présents dans 85% des cas d’intimidation qui se produisent dans la cour de récréation ou en classe.
Trêve de chiffres! Tentons maintenant de trouver les bons mots pour favoriser le respect plutôt que le rejet, et ce, dès le plus jeune âge!
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Que faire si vous pensez que votre enfant est victime d’intimidation?
Si votre enfant revient à la maison avec des vêtements ou des objets abîmés, avec des blessures dont il ne veut vous expliquer l’origine ; s’il invite peu d’amis à la maison ou est rarement invité ailleurs ; s’il refuse d’aller à l’école le matin, qu’il manque souvent d’appétit ou a souvent mal au ventre ou à la tête ; s’il emprunte des chemins illogiques qui lui prennent de plus en plus de temps pour aller ou revenir de l’école ; s’il perd de l’intérêt envers le travail scolaire et que ses notes diminuent ; s’il semble triste et qu’il a des changements d’humeur inexplicables, qu’il est irritable ou colérique ; s’il réclame ou vole de l’argent… Suivez ces conseils fournis par la Commission scolaire de Montréal en collaboration avec l’Ordre des psychologues du Québec :
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D’autres outils pour faire face à l’intimidation
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Deux excellents bouquins pour les enfants et les parents :
Des films d’animation pour aider les professionnels à sensibiliser les enfants aux problèmes de l’intimidation et de la résolution de conflits :
Une vidéocassette et une pochette d’information avec questionnaire pour les élèves, destinés aux psychologues scolaires et aux enseignants : campagne de prévention pour aider les enfants à vaincre l’intimidation de l’Ordre des psychologues du Québec. Tél.: (514) 738-1881.