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L'infertilité... n'oubliez pas vos émotions

Grossesse

Parents : Documentation : Grossesse : L'infertilité... n'oubliez pas vos émotions

Sylvie Milliner

Pourquoi un soutien psychologique à l’intérieur de vos démarches ? D’abord parce que communiquer avec les autres à propos de son infertilité n’est pas chose facile et que, même si vous y parvenez, il arrive que vous ne vous sentiez pas compris ou soutenus dans votre démarche de couple. Ensuite, parce que les difficultés rencontrées sont également et surtout liées à une nouvelle réalité qui est très dure à accepter : ou bien votre démarche en fertilité est un succès et vous réussirez à concevoir un enfant, ou bien vous vous tournerez vers l’adoption, ou bien vous vivrez une vie sans enfant.

Vous aurez à faire de nombreux examens et à traverser des périodes d'espoir et de désespoir intenses. Même s'ils sont très sensibles aux difficultés que vous traversez, le rôle des médecins spécialistes et des infirmières n'est pas celui d'un psychologue ou d’un psychiatre. Certaines cliniques ou centres de fertilité ont créé des partenariats avec certains psychologues/psychiatres spécialisés dans l'accompagnement en traitements en fertilité. N’hésitez pas à en parler à votre médecin. Bien souvent, seulement quelques séances suffisent pour surmonter les épreuves que traversent votre couple. Nombreuses sont les assurances privées qui remboursent jusqu'à dix consultations en psychologie par année.

Quels sont les principales difficultés et sentiments négatifs rencontrés par les couples face à l'infertilité ?

  • Les étapes du deuil face au diagnostic ou à l'échec d'un des traitements : déni, colère, marchandage, dépression, laisser-aller et acceptation ;
  • Le manque de contrôle de votre vie et de celle de votre couple ;
  • La tristesse ;
  • Les problèmes d'identité par rapport à soi-même et aux autres ;
  • Les sentiments dépressifs ;
  • Les difficultés de concentration ou de performance au travail ;
  • Les difficultés relationnelles avec la famille et/ou les amis ;
  • La solitude ;
  • L'impossibilité de visualiser l'avenir;
  • Les pensées obsessives reliées à un enfant ;
  • Les problèmes sexuels ;
  • L'envie vis-à-vis des couples ayant un enfant ;
  • Tout autre sentiment négatif découlant de votre situation d'infertilité.

Quels sont les signes indicateurs d'un besoin d’avoir recours à un support psychologique ?

  • Vous et votre conjoint vous chamaillez sans arrêt ;
  • Vous et votre conjoint êtes incapables de discuter ensemble de vos émotions à propos de votre infertilité ;
  • Vous et votre conjoint êtes en désaccord sur les différentes voies possibles pour résoudre votre problème de fertilité ;
  • Vous et/ou votre conjoint êtes coupés de vos amis et de vos familles et trouvez difficile de parler avec quelqu'un à propos de votre infertilité ;
  • Vous pleurez beaucoup ;
  • Vous remarquez des nouveaux problèmes physiques : gain ou perte de poids, maux de tête, maux de ventre, palpitations, perte de sommeil ou excès de sommeil, anxiété ;
  • Vous croyez que vous êtes les seuls à vivre ces sentiments ;
  • Vous avez des difficultés à travailler efficacement ;
  • Vous avez des questions à propos d'une solution de traitement en particulier ;
  • Vous n'éprouvez plus de plaisir dans vos loisirs et vos activités ;
  • Des problèmes d'ordre sexuel sont apparus et causent des tensions au sein de votre relation ;
  • Vous vous retournez vers l'alcool, la drogue ou les médicaments pour oublier vos problèmes ;
  • Votre conjoint refuse de s'impliquer dans le traitement de fertilité ;
  • Vous et/ou votre conjoint avez des liaisons extra-conjugales ;
  • Vous perdez l'estime de vous-même et votre confiance en vous, ce qui affecte les autres domaines de votre vie ;
  • Vous êtes tout le temps irritable ou en colère, et réagissez de façon explosive ;
  • Vous vous sentez coupable face à votre infertilité ;
  • Tout autre symptôme négatif et non habituel selon vous.

Si vous pensez avoir besoin d’aide, quel que soit le traitement de fertilité que vous suivez, ne vous en privez pas car vous, votre conjoint et votre projet en valez vraiment la peine. Parlez-en à votre médecin ou à une infirmière.

Conséquences des traitements sur la sexualité
La prise de médicaments, les divers examens, les éventuelles interventions chirurgicales et le stress vécu par votre couple tout au long de vos démarches en fertilité risquent d'avoir un impact sur votre comportement sexuel. Pour certains couples en traitement, le rapport sexuel devient, au fur et à mesure des mois qui passent, un moyen de faire un enfant et non plus l'expression d'un désir spontané et réciproque. Tout est réglé en fonction des impératifs liés aux démarches de fertilité. C'est à ce moment-là que certains dérèglements du comportement sexuel de l'un ou l'autre des conjoints peuvent apparaître. Il peut s'agir, par exemple, d'un manque d'appétit sexuel ou d'une absence de plaisir lors des rapports. En étant informés de ces risques, il vous est possible de dédramatiser la situation et de décider, ensemble, de faire une pause dans le processus de traitement en fertilité.

Comment apporter du soutien et de l'aide au conjoint qui souffre ?
Au cours du traitement de fertilité, chacun des conjoints passera par des périodes d'espoir et de désespoir et par de la souffrance émotive et psychologique. Lorsque l'un des deux souffre, l'autre a envie de prendre le relais et d'épauler celui qui en a besoin.  Voici quelques exemples de ce que celui qui souffre a besoin d'entendre et de recevoir :

  • Dis-moi que tu m'aimes et que tu sais que je suis triste ;
  • Dis-moi que tu sais combien cela me blesse au fur et à mesure des mois qui passent ;
  • Dis-moi comment tu te sens par rapport au fait que nous n'ayons pas d'enfant ;
  • Dis-moi ce que tu penses à propos du rôle de parent et comment tu envisages ce rôle ;
  • Explique-moi comment tu souhaites partager avec ton enfant les choses que tu as toi-même partager avec ton père ou ton grand-père ;
  • Partage avec moi ta vision de notre enfant ;
  • Raconte-moi les conversations que tu as eues avec d'autres à propos de notre infertilité ;
  • Dis-moi comment tu te sens lorsque nous sommes entourés d'enfants ;
  • Dis-moi comment tu te sens à chaque cycle menstruel ;
  • Dis-moi ce que tu ressens par rapport au fait de « produire ou fabriquer un enfant » ;
  • Prends ma main et manifeste-moi ta complicité lorsque nous sommes en public ;
  • Laisse-moi parler lorsque j'en ai besoin ;
  • Prends-moi dans tes bras lorsque je pleure.

Le désir de devenir parents
Parmi les thèmes abordés tout au long du traitement, le désir de devenir parents est récurrent. Explorer vos diverses motivations à devenir parent est d'autant plus important que vous découvrirez peut-être des possibilités autres que celles que vous aviez envisagées jusqu'alors. Certains patients ont découvert qu'à force de vouloir devenir fertile à tout prix, le désir d'enfant n'était plus là. D'autres se sont rendus compte que le fait d'être parent et d'élever un enfant est plus important que le fait d'être enceinte ou d'être le géniteur, l'adoption ou l'insémination avec sperme de donneur peuvent alors être envisagés selon les cas. D'autres encore ont senti une très forte pression sociale et familiale et décident que finalement, eux-mêmes ne sont pas prêts à devenir parents. Enfin, l'attente a permis à de nombreux couples de mieux comprendre leurs motivations à concevoir un enfant et de devenir ainsi des parents bien préparés et équilibrés.

En effet, il est important de vous accorder des périodes de relâche au cours de votre traitement. Durant cette interruption des traitements, essayez de redécouvrir le plaisir d'être ensemble, savourez l'absence de contrainte et rechargez les batteries qui vous donneront la force et le courage de continuer vos démarches.

Le secret entourant le recours au don de sperme
Au Québec, le recours au don de sperme de donneur, dans le cadre d'une FIV ou d'une insémination artificielle, est encadré par l'anonymat : le couple receveur ne peut avoir accès à l'identité du donneur et vice versa. Ainsi, pour le couple, la question du secret se pose essentiellement sur le fait de divulguer ou non à l'entourage et à l'enfant-à-venir le recours au don du sperme. D'après diverses études psychologiques, deux principaux facteurs ont été identifiés comme contributifs au développement et au maintien du secret :

  • Une difficulté à intégrer émotionnellement le problème d'infertilité masculine : découvrir une infertilité masculine suscite des sentiments conflictuels variés chez les deux conjoints. Lui peut ressentir de la honte, un sentiment d'échec ou/et d'infériorité. La conjointe, elle, peut se sentir coincée entre sa propre frustration et son désir d'encourager le conjoint, perçu comme fragile ou amoindri. Si vous pensez vivre cette difficulté, il est important d’en discuter avec un psychologue.
  • Une difficulté à situer le conjoint de la femme comme le « vrai » père de l'enfant : en ayant recours au don de sperme, chaque couple est confronté à la tâche complexe de redéfinir le sens de la paternité et la place symbolique du géniteur. Le couple craint parfois que l'enfant sombre dans une intense confusion en apprenant que son père n'est pas son géniteur. Souvent, cette crainte indique la difficulté que le couple éprouve lui-même à définir la place du père et du géniteur. Encore une fois, il ne faut pas hésiter à consulter un(e) psychologue/psychiatre afin de vous positionner clairement, avec le conjoint, sur le choix et les motivations de divulguer ou non la vérité vis-à-vis de l'entourage et de l'enfant. Peu importe votre décision, l'important est qu’elle soit prise en toute connaissance de cause.

L’adoption
Il peut arriver que, au cours de votre traitement en fertilité, vous et votre conjoint décidiez de vous tourner vers l'adoption. Pour vous accompagner dans cette démarche, il existe des ressources extérieures qui sauront vous aider à réaliser votre projet. Renseignez-vous sur http://www.quebecadoption.net/ ou en appelant l’organisme « Accueillons un enfant » au (418) 651-2606 ou en consultant le www.accueillons.org/

La vie sans enfant
Nombreuses sont les personnes qui aiment les enfants. Toutefois, il peut arriver qu'au cours du traitement des couples se rendent compte qu'ils ne désirent pas vraiment devenir parents. Certains se rendent compte qu'ils étaient victimes d'une certaine pression sociale, que leur vie n'est pas compatible avec une vie de famille et qu'il est tout à fait possible d'envisager une vie de couple sans enfant. Il se peut aussi qu'il n'y ait aucun recours possible pour traiter l'infertilité et que ces personnes ne puissent pas considérer l'adoption d'un enfant, avec tout ce que cela implique. Ainsi, des couples choisissent de vivre sans enfant. Il ne s'agit pas d'une décision prise à la légère et, encore une fois, le couple passera par plusieurs étapes plus ou moins difficiles avant de s'entendre sur le fait de ne pas avoir d'enfant. Pour en savoir plus, veuillez consulter les références de livres et de sites Internet à la section Guide ressources.

La réalité est parfois difficile à accepter car les trois issues possibles à votre démarche en fertilité sont :

  1. Donner la vie (de façon naturelle ou avec l'assistance médicale à la procréation) ;
  2. Adopter un enfant ;
  3. Vivre sans enfant.

Sylvie Milliner est conseillère principale aux communications et relations publiques chez Procrea Cliniques.


Article – Dernière mise à jour le 4/4/2005

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