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Françoise Descoteaux
L'accompagnement par une sage-femme lors des événements entourant la naissance est souvent perçu comme entièrement dédié à la mère et son bébé. Et pourtant, il n'y a pas que la maman et le poupon qui tirent des avantages de cette approche humanisante. Le père est aussi au cur des préoccupations de la sage-femme et peut grandement bénéficier de sa présence et de ses conseils.
«L'une des grandes forces de la pratique sage-femme, c'est de tenir compte à la fois des besoins de la mère et de ceux de sa famille. Le père peut ainsi s'impliquer et prendre l'espace nécessaire pour s'exprimer et vivre ses propres expériences et émotions. Puisque les aspects physique et corporel d'une naissance appartiennent davantage à la mère, il est facile pour le père de se sentir exclu, d'où l'importance de lui permettre de trouver une façon toute personnelle d'apprivoiser l'arrivée de l'enfant. C'est ici que peut intervenir la sage-femme en offrant un contexte de naissance qui respecte les choix des deux parents, afin que chacun s'y sente à l'aise», d'expliquer Mme Marleen Baker, professeure au programme de baccalauréat en pratique sage-femme.
Ayant présenté tout récemment une thèse doctorale portant sur la pratique sage-femme une première à l'UQTR Mme Baker souligne que certains pères expriment parfois la crainte de se voir imposer une démarche ou certains gestes par la sage-femme. «Il n'en est rien. La sage-femme n'a pas de telles exigences. Elle s'adapte au père, l'invite et le soutient, l'accompagne et chemine avec lui. Un premier contact peut d'ailleurs se faire, tout simplement, lors des soirées d'information présentées dans les maisons des naissances. C'est une belle occasion pour le père, et sa conjointe bien sûr, de découvrir l'approche sage-femme et ce qu'elle propose.»
Selon le professeur Jean-Marie Miron, du Département des sciences de l'éducation de l'UQTR, les pères d'aujourd'hui manifestent le goût et le besoin d'être aidés, lors de la venue de leur enfant. «De plus en plus, les pères souhaitent se rapprocher des événements reliés à la naissance et veulent être conseillés, surtout à l'arrivée d'un premier enfant. L'approche sage-femme s'inscrit très bien dans cette démarche.»
Le programme de baccalauréat en pratique sage-femme est offert à l'UQTR en exclusivité québécoise depuis septembre 1999. Il a pour but de former des sages-femmes praticiennes aptes à accompagner des femmes et leur famille tout au long de la période périnatale, de façon sécuritaire et dans la dignité, dans un contexte d'équipe multidisciplinaire.
Les étudiantes en pratique sage-femme doivent réaliser quatre années de formation, dont trois se déroulent dans des milieux de stages (maison de naissance, centre hospitalier, domicile). Le champ de pratique de la sage-femme débute avec la grossesse et va jusqu'à six semaines après la naissance.
Tout au long d'un processus allant de la grossesse à la période postnatale, en passant par l'accouchement, la sage-femme apprend à connaître le père et ses attentes, dans le respect de sa culture et de sa personnalité. Elle peut aussi vérifier ses craintes et ses interrogations, le rassurer et l'aider à concrétiser son soutien à la mère.
«L'accouchement en compagnie d'une sage-femme se fait dans un contexte naturel. Cet avantage est très important pour le père, qui peut se permettre de vivre l'expérience en toute intimité, sans se sentir bousculé par une situation qu'il n'aurait pas choisie», ajoute M. Miron.
Une fois passé l'accouchement, la sage-femme effectue aussi des visites à domicile, auxquelles le père est convié à participer. «En s'impliquant à toutes les étapes, le père se sent plus utile, plus compétent. Par exemple, en donnant le bain à son enfant, il développe une proximité avec le bébé et apprend à le connaître. Le soutien du père s'avère aussi essentiel pendant l'allaitement, pour encourager et soutenir la maman dans cette voie», de préciser Mme Baker.
De nombreux pères ayant vécu l'arrivée de leur enfant en compagnie d'une sage-femme parlent de cette expérience avec émotion et enthousiasme. «Les commentaires sont extrêmement positifs, rapporte le professeur Miron. Les pères se disent profondément transformés par cette naissance, à laquelle ils ont pu donner un sens particulier. Ils ont apprécié qu'on leur demande de s'exprimer et en conservent un excellent souvenir.»
L'engagement précoce du père dès la grossesse et le bon souvenir qu'il gardera de son expérience à la naissance se révèlent particulièrement importants pour la suite des choses. «Lorsque le père passera par des moments plus difficiles ou stressants, dans les mois suivant la venue du bébé, il pourra se rappeler les bons moments et les émotions vécues, ce qui l'aidera grandement à passer au travers des difficultés», conclut M. Miron.
Source: entête, UQTR