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Anne de Wouters
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Christian Demortier a été un bébé tamoul adopté par une famille belge, il décrit son itinéraire, de sa prime enfance à l'adulte qu'il est aujourd'hui dans un témoignage sincère, perturbant pour le lecteur.
Ce livre de Christian Dumortier, livre de douleur, de révoltes, d'angoisse, se lit avec sympathie et tristesse. Tant pour cet enfant cherchant désespérément ses racines que pour les parents adoptifs, engagés de tout cur dans le sauvetage d'un tout-petit à qui, pensaient-ils, ils rendraient goût à la vie, au bonheur, et qui voient leur beau rêve tourner au cauchemar.
Rencontre avec l'auteur
D'un abord sympathique, il répond sans ambages aux questions, si dérangeantes peuvent-elles être.
Le Ligueur - Est-ce la situation des adoptés en général que vous présentez dans votre livre, ou une situation particulière, mettant en présence des personnes particulières, avec leurs personnalités propres.
Christian Demortier - Dans le livre, je ne parle que de moi. Je pense que si j'ai été jusqu'au bout de sa rédaction, c'est parce que je connais quelques cas similaires, plus ou moins graves. Au moment où je l'ai écrit, cela m'a fait du bien. Comme la colère fait du bien à qui l'exprime. Mais après, je me suis vu face à un vide.
LL.- Vous étiez tiraillé entre deux cultures. Serait-ce, à votre avis, passer tantôt à l'une amputé de l'autre, ou se situer dans un entre-deux, nourri et fécondé par l'une et l'autre?
CD. - Je pense que je n'étais pas fait pour être adopté. Comme d'autres d'ailleurs. Sans doute est-ce le cas quand les parents n'acceptent pas la différence.
LL - Une vie qu'on ne supporte pas incite à rêver. A ce qu'aurait pu être une autre vie. Pour vous, le pays d'origine se présentait comme un idéal allant de soi, tout comme d'autres enfants en rébellion avec leur famille imaginent un père mythique, inconnu. Et de rêves, vous en avez eu beaucoup. De tragiques aussi.
CD. - Pas seulement de tragiques. Je me voyais dans une contrée inconnue. Pour moi, une porte de sortie quand cela allait mal. Et Bim, un esprit venu d'ailleurs, ou du plus profond de mon être, m'aidait à relativiser quand je me laissais emporter par des idées extrêmes : "Ta mère est comme cela, oui, mais elle a fait ce qu'elle a pu".
LL.- Avoir écrit ce livre vous a aidé à voir clair. Vous mettre à nu, c'est votre droit. Mettre d'autres à nu me semble plus dérangeant. Pourquoi n'avoir pas publié sous un pseudonyme?
CD.- Je ressens une frustration dans ces nom et prénom. C'est vibratoire. Si j'avais pris un pseudo, j'aurais été dans la fiction. En publiant sous ces vocables imposés, je me suis déchargé de ces vibrations négatives. Il me semble que ce qui fait l'originalité du livre, c'est qu'il expose le point de vue de l'adopté, ce qui est plutôt rare.
(1) Tu quitteras ton père et ta mère, Philippe Julien, Ed. Aubier
(2) Adopté dans le vide, Christian Demortier, coll. Les Enfants du fleuve, Ed. Sarment
Ce texte a été publié par La Ligue des Familles de Belgique dans Le Ligueur no15 du 11 avril 2001.