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Imposer une discipline dans un monde chaotique

Service de garde

Parents : Documentation : Service de garde : Imposer une discipline dans un monde chaotique

Wray Pascoe

Illustration : © 2001-2003 www.arttoday.com

Les professionnels de la garde à l’enfance ont la possibilité de marquer les enfants pour toute leur vie. Les enfants les plus difficiles peuvent vous amener à vous demander pourquoi vous avez choisi cette carrière, mais ce sont aussi eux sur lesquels vous pourrez avoir la plus grande influence. Vous êtes en effet souvent la seule personne qui les traite avec respect, qui les encourage et qui établit des limites convenables. Vous êtes souvent une des rares personnes constantes, prévisibles et rationnelles dans leur vie.

Il n’y a pas si longtemps, les enfants devaient être « vus mais pas entendus ». Aujourd’hui, ils ont plutôt l’air de dominer. En tant que clinicien, je vois de nombreux parents qui ne savent pas ce qui doit être considéré comme un comportement acceptable ou non chez leurs enfants, ou ce qui peut être toléré à la maison mais pas en public. Je vois de nombreux parents qui cherchent des excuses pour expliquer les agissements de leurs enfants.

Des professionnels de la garde partout au Canada m’ont raconté que certains enfants arrivent à la garderie en criant contre un parent, qui ne sait pas trop comment réagir. Après le départ de ce parent, l’enfant se clame au contact de ses petits amis. Pourquoi ? Sans aucun doute, l’enfant comprend les attentes du personnel de la garderie dont les règles et limites sont claires et strictement appliquées.

Les enfants ont besoin d’aide
Ce n’est pas parce qu’ils sont dans le besoin, mais parce qu’il leur faut Amour, Discipline et Encadrement. Les parents et le personnel des garderies doivent pouvoir entourer chaque enfant de soins dans un environnement sécuritaire et empreint de tendresse. Ils doivent accepter chaque enfant comme étant unique, avec des besoins, des désirs et des sentiments distincts, parfois divergents des leurs. Les enfants ont besoin d’occasions garantes de succès. Les échecs doivent être vus comme des occasions d’apprentissage et de changement. Les encouragements et le renforcement positif permettent aux enfants de grandir et de développer leur estime de soi. Mais l’application de limites et de règles doivent être la pierre d’assise de toutes les activités.

Pourquoi imposer des limites ?
Jane Goodall, reconnue internationalement pour son travail auprès des singes en Afrique, a postulé que les « meilleures » mamans chimpanzé avaient elles-mêmes eu de bonnes mères, qui jouaient avec leurs petits, qui n’étaient pas superprotectrices et qui intervenaient en cas de comportement dangereux ou inacceptable. L’objectif semble être ici l’indépendance dans les limites du groupe social.

Tous les enfants ont des pensées et des instincts primitifs. Que faire quand l’un d’entre eux y succombe ? À mon avis, les enfants, comme les chimpanzés, doivent apprendre quels comportements sont dangereux ou inacceptables. Je pense que les enfants deviennent craintifs lorsque les adultes importants dans leur vie ne les supervisent pas ou ne savent pas comment faire. Les enfants ont peur de ne pas pouvoir maîtriser leurs instincts et comportements. À l’opposé, lorsque les enfants savent que les adultes peuvent les superviser, ils apprennent qu’ils sont capables de se contrôler.

Famille d’origine
C’est dabs une large mesure votre famille d’origine qui détermine votre opinion sur les limites à établir et sur ce qui constitue un comportement acceptable ou non, et à quel moment. Avant de décider votre méthode d’intervention, il est important de penser à ce que vous voulez faire différemment de vos parents et à ce que vous voulez reproduire. Quelles sont les règles et attentes dans votre famille ? Comment sont-elles appliquées ? Les adultes doivent penser à ces stratégies et à leur efficacité. Par exemple, le châtiment corporel, la peur et l’intimidation assurent l’obéissance immédiate, mais à la longue ils deviennent inefficaces et dommageables. En fait, je suis convaincu que la violence verbale ou le dénigrement continu d’un enfant sont plus graves que les abus physiques, car les attaques contre l’estime de soi d’un enfant laissent des marques toute la vie.

Crainte et culpabilité
La crainte et la culpabilité sont deux des émotions les plus destructives pour les personnes en santé et, pourtant, on y a souvent recours pour contrôler le comportement des enfants. La crainte des situations ou des personnes dangereuses peut être une chose positive, mais la crainte pure n’est pas un outil de discipline efficace. Nombre de parents se sentent coupables d’avoir recours à des services de garde pour leurs enfants et croient (à tort) que cette solution est inférieure aux soins qu’une mère ou un père peut apporter à la maison.

Les jeunes enfants apprennent vite à manipuler la crainte et le sentiment de culpabilité des parents, et même du personnel des services de garde. Pour vous en convaincre, pensez à l’enfant qui supplie ses parents de ne pas le laisser à la garderie parce qu’il sera « seul » ou « effrayé » sans eux. Cela ne manquera pas de susciter un sentiment de culpabilité chez les parents, qui promettront un jouet ou un autre privilège. Or, ce même enfant se montrera tout à fait détaché lorsque ses parents seront partis, tout en n’oubliant pas de réclamer son dû plus tard.

Les enfants tirent profit des sentiment de crainte et/ou de culpabilité de leurs parents ou éducatrices lorsqu’ils leur disent qu’ils ne sont plus aimés ou que ce son de « mauvais » parents ou éducatrices. Dans ces circonstances, il est important de reconnaître les sentiments de l’enfant : « Tu est peut-être fâché contre moi (ou tu ne m’aimes peut-être pas maintenant), mais je t’aime et tu vas ramasser tes jouets ». Une bonne réponse à un enfant qui traite un parent ou une éducatrice de « méchant » serait : « Non, je suis une bonne mère ou un bon père (ou une bonne éducatrice) et tu vas faire ce que je dis ». La réponse fréquente de l’enfant, « Tu ne peux pas me forcer », doit être suivie de : « Veux-tu voir? » Soyez prêts à appliquer votre décision.

Donner aux enfants les mots qui manquent
Le langage est un outil indispensable pour communiquer ses besoins et pour exprimer ses sentiments. Notre corps prend le dessus lorsque nous n’avons pas les mots pour expliquer ce que nous ressentons ou ce dont nous avons besoin. Les jeunes enfants possèdent un vocabulaire limité pour les émotions mais ils savent quand ils sont fâchés. Or, la colère est une émotion qui englobe aussi d’autres sentiments. Lorsque nous sommes fâchés, nous nous sentons aussi parfois vulnérables, embarrassés, blessés ou frustrés. Il nous faut tous plus de mots que « fâché » et « triste » pour décrire nos émotions.

Les enfants en colère
La colère est une réponse courante à la frustration et à la douleur. Les enfants ont besoin d’aide tant pour exprimer leur colère que pour la gérer de façon adéquate. Les jeunes enfants ont souvent de la difficulté à exprimer leurs besoins et à se remettre d’une déception. Par exemple, nombre d’entre eux veulent participer, mais sont trop fatigués ou trop « petits » pour accomplir une tâche. Pour les situations où un enfant est frustré, les adultes pourraient prendre les commandes au lieu de demander ce qu’ils peuvent faire pour aider.

Les personnes qui interviennent auprès des enfants doivent être prêtes à négocier avec la colère et le rejet. Cependant il n’est jamais acceptable de frapper un adulte. Certains adultes trouvent amusant de voir un enfant en colère les frapper pour essayer de les blesser. Des parents m’ont dit que ça ne leur faisait pas mal ou que l’enfant n’y associe pas une intention méchante. Je ne suis pas d’accord. L’enfant est fâché et, à ce moment précis, fait tout en son pouvoir pour imposer de la douleur. Malheureusement l’illusion qu’il est acceptable de frapper un adulte ou même de pouvoir lui faire mal est mauvaise pour l’enfant : elle lui donne une fausse impression de pouvoir et de droit, et le conduit à développer des sentiments d’insécurité.

Les enfants hors de contrôle
Dans un milieu de garde, les enfants hors de contrôle exigent environ cinq fois plus d’attention de la part du personnel que les enfants dociles. Les bagarres avec les autres enfants et les refus de respecter les règles de la clase en sont des comportements typiques. L’enfant récalcitrant tentera d’en blâmer d’autres ou inventera des excuses compliquées. Il sera parfois égocentrique, ne tenant pas compte des droits et des sentiments des autres. Pourtant, la sécurité de l’enfant et de ses camarades doit être la toute première considération lorsque vient le temps de déterminer les actions à prendre.

Il peut arriver qu’un enfant ait besoin d’être écarté du groupe jusqu’à ce qu’il se ressaisisse. Cela permet au personnel de l’encourager à verbaliser les sentiments qui ont suscité son comportement et à envisager des solutions de rechange acceptables pour résoudre son problème. Les autres comportements qui sont source de préoccupation pour les intervenantes sont la tricherie, le vol, le mensonge et les attitudes perturbatrices. Le personnel doit déterminer s’il s’agit uniquement d’une période difficile pour l’enfant ou si une situation à la maison lui impose un trop grand stress.

Malheureusement, les parents n’en informent pas toujours le personnel des garderies lorsqu’une famille se trouve aux prises avec un divorce, la perte d’un emploi ou le décès d’un grand-parent. Si le comportement d’un enfant sort de l’ordinaire, les questions à poser sont les suivantes : « pourquoi maintenant? Et pourquoi ce comportement? » Chaque comportement a un but. Notre travail consiste à déceler ce que l’enfant essaie de nous dire.

Il faut savoir envisager les violences physiques, les abus sexuels et l’abandon émotif à la maison. Rappelez-vous, les professionnelles sont tenues de par la loi à rapporter les cas d’abus soupçonnés. Faites suivre un appel téléphonique d’une lettre pour conserver un compte-rendu écrit de vos actes. Le bureau de protection de l’enfance peut avoir une charge de travail immense, mais votre première responsabilité reste l’enfant et le service de garde.

Autres comportements problématiques
Dans un article intitulé « Help your kids break bad habits », le numéro de mai du magazine Parenting énumère certains comportements négatifs chez les filles, notamment tirer les cheveux, sucer son pouce et grincer des dents, ainsi que chez les garçons, par exemple, mettre ses doigts dans le nez, se ronger les ongles, se lécher les lèvres et se masturber. De toute évidence, l’auteur de ses lignes n’a jamais passé de temps dans une garderie ! Ces « sept péchés capitaux » de l’enfance sont propres autant aux filles qu’aux garçons. Nombre d’entre eux sont temporaires ou représentent des réactions au stress. Ici encore, nous devons déterminer l’origine de tels comportements et quels besoins de l’enfant sont négligé. L’enfant doit apprendre la différence entre un comportement « en public » et un comportement « privé ».

Principe de discipline efficace
Il existe des centaines de façons pour encourager les comportements positifs et convenables. Les bons dompteurs d’animaux savent que l’affection et les éloges dans un cadre respectueux sont les méthodes les plus efficaces pour obtenir les résultats désirés. Les châtiments ou la crainte, quant à eux, nuisent à l’apprentissage positif. Un respect positif de l’autorité est essentiel.

Le temps d’isolement, où une personne doit s’asseoir à l’écart des autres – mais jamais plus de cinq minutes – est une façon courante de combattre les comportements inacceptables. Après tout, nous sommes des animaux sociaux, et l’exclusion du groupe est une punition et un élément de dissuasion.

De nombreux parents, et même quelques intervenantes pensent que la fessée est efficace et n’inflige aucune blessure. Je ne suis pas d’accord tant du point de vue clinique que déontologique. Le châtiment corporel n’est jamais acceptable.

Je crois que les principes qui sous-tendent une bonne discipline correspondent à ce que j’appelle les trois « R » associés aux conséquences logiques. Lorsque la discipline est imposée sans aucun rapport, de façon irrespectueuse et déraisonnable, il faut s’attendre à une réaction inspirée de l’un des quatre « R » associés aux conséquences et à la punition.

SOUS FORME D’ENCADRé
Les trois « R » aux conséquences logiques
Les enfants ont besoin d’apprendre le plus rapidement possible que leurs comportements et actions entraînent certaines conséquences. Du point de vue des adultes, il faut ce pendant veiller à ce que ces conséquences soient :

  1. en rapport avec le comportement : les conséquences doivent être liées au comportement de l’enfant
  2. appliquées avec respect : l’enfant ne doit pas être blâmé ou humilié pour son comportement
  3. raisonnables : les conséquences doivent être raisonnables du point de vue de l’enfant

SOUS FORME D’ENCADRé
Quatre « R » associés aux conséquences et à la punition
Si l’enfant se sent puni injustement, il risque de chercher l’une des quatre « R » associés aux conséquences et à la punition suivants :

  1. revanche : je me vengerai
  2. rébellion : je ne ferai pas ce qu’on me demande
  3. ressentiment : je ne ferai plus confiance
  4. retraite : je suis mauvais (ce qui réduit son estime de soi)

 

Modes de communication
Dans la catégorie de la mauvaise communication se classent les criailleries, les critiques, les interruptions continues, les menaces et le sarcasme. En général, les enfants y réagissent peu, si ce n’est pas du ressentiment. À l’opposé, les paroles de félicitation et d’encouragement sont toujours les bienvenues. Personne ne se lasse de se faire dire qu’il fait du bon travail. Les expressions positives suivantes peuvent servir dans n’importe quelle circonstance : « C’est super! Fantastique! Tu es capable! Tu as réussi! Bravo! Tu es le meilleur! Bien fait! C’est ça! Beau travail! Extraordinaire! Félicitations! Tu as trouvé la solution! Tu as raison! Bonne réponse! Tu dois être fier! »

Les parents se sentent parfois pris au dépourvu face aux besoins nombreux de leurs enfants ainsi qu’aux pressions associées à un monde de plus en plus chaotique. Il en résulte que certains enfants y perdent au change et éprouvent des difficultés à réagir et à s’ajuster. Les professionnelles de la garde à l’enfance, parce qu’elles sont qualifiées, représentent une des ressources les plus prometteuses au pays pour assurer un avenir réussi et sain à nos enfants.

Le Dr Wray Pascoe, Ph. D., est spécialiste de la thérapie familiale à Winnipeg. Il a enseigné à l’école de médecine des N.E. Ohio Universities et a été consultant au département de psychiatrie de la Case Western Reserve University à Cleveland en Ohio. Il a animé des ateliers au sujet des enfants et des familles partout aux États-Unis, au Canada, au Mexique et au Royaume-Uni. Il est aussi l’auteur de nombreuses publications et le père de jumeaux. Il peut être rejoint par courriel à docwray@mb.sympatico.ca

Cet article a d'abord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à l'enfance du printemps 2001. 


Article – Dernière mise à jour le 7/27/2004

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