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Pascale Pontoreau
Scolaire… Fédération des éducateurs et éducatrices physique du Québec
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Quand on écoute monsieur Sévigny, président de la Fédération des éducateurs et éducatrices physique du Québec, deux commentaires nous viennent à l’esprit. D’une part, la situation de l’enseignement du sport au Québec est bien pire que celle des scénarios les plus sombres. D’autre part, le gouvernement fait preuve d’un manque évident de volonté d’amélioration et d’une incohérence qui, une fois de plus, favorise l’établissement d’un mode de fonctionnement à deux vitesses, l’un pour les pauvres et l’autre pour les riches.
PetitMonde : Quels sont les principaux problèmes relatifs à l’apprentissage du sport à l’école?
Mario Sevigny : «D’abord, le manque d’heures accordées à l’éducation physique. Aujourd’hui, en moyenne, les enfants ont une activité physique de 48 minutes par semaine. C’est une moyenne, si on met de côté les concentrations Sport-Étude, cela suggère que certaines classes ont moins de 30 minutes. Que voulez-vous apprendre en si peu de temps?
Ensuite, la mauvaise qualité globale de l’encadrement sportif. Contrairement au passé, les profs d’éducations physique ne peuvent plus coacher des activités parascolaires en dehors des heures de classe, parce que leur tarif est trop élevé. Les écoles préfèrent nettement prendre un petit jeune, pas formé… et pas cher!
Enfin, l’absence d’activités parascolaires organisées par l’école. De plus, une très large majorité d’enfants utilisent les transports scolaires. Ceci signifie qu’ils arrivent chez eux à 15h30, les parents eux ne sont pas rentrer du travail. Que font les élèves? Ils s’écrasent devant la télé, l’ordinateur avec un coke et des chips.»
PM : Quels sont les changements prévus pour la rentrée de septembre prochain?
MS : «À partir de septembre, les élèves du primaire auront cinq heures trente hebdomadaires consacrées à l’art, à la langue seconde et… à l’enseignement de l’éducation physique et de la santé. Ça semble une amélioration. Mais dans la réalité, les écoles ne peuvent payer que trois heures de professeurs spécialisés. Donc pour les deux heures trente restantes, elles risquent de faire appel aux professeurs réguliers qui n’ont aucune ou très peu de formation spécifique. À nouveau cela sous-entend que l’éducation physique n’a aucune importance et que n’importe qui peut en enseigner les grandes lignes.»
PM : Que risque-t-il de se passer à moyen terme?
MS : «Toutes les études scientifiques concordent : l’éducation physique est essentielle au développement de l’enfant. Et je parle d’éducation, pas d’activité physique. L’élève qui non seulement est actif plus de 150 minutes par semaine mais développe les bases d’une éducation sportive (valeurs, règlements, etc.) améliore ses résultats – et sa forme physique – de manière spectaculaire. Tous ses notes académiques, sa concentration, ses performances augmentent. Valorisé, centré sur sa réalité, l’élève se tient en bonne santé, développe des besoins réguliers d’activités, perd son embonpoint, a moins tendance à décrocher, etc. Il est donc nécessaire que tous les enfants aient accès au même enseignement sportif de qualité à chaque niveau de sa scolarité.
PM : Que se passe-t-il sans cette démocratisation de l’apprentissage?
MS : «On navigue dans une société à deux vitesses. D’un côté, les riches qui peuvent payer des activités sportives extra scolaires à leurs enfants. Ces enfants vont développer des besoins et des habiletés qui vont les conduire vers de meilleurs clubs. Les parents vont éventuellement pouvoir financer des entraînements, des voyages, des compétitions. De l’autre côté, il y aura les pauvres qui, dès l’enfance vont être maintenus dans des systèmes déficitaires où ils n’auront accès ni psychologiquement, ni socialement à une éducation sportive. Ne parlons même pas d’une éducation sportive de qualité!
PM : Le mouvement PEP a le vent en poupe…
MS : «Pour nous, trois éléments sont essentiels. L’enfant doit pouvoir vivre une expérience positive d’activité non sédentaire. Il doit pouvoir la vivre dans un cadre rigoureux, stimulant et, en tout sécurité. Enfin, cette expérience doit être accessible à tous dans un processus parfaitement démocratique. C’est ce que le mouvement PEP prône, et nous sommes de plus en plus rejoints par des institutions non sportives qui comprennent les arguments que nous défendons. Ainsi, les cardiologues de l’hôpital Royal Victoria de Montréal viennent de nous appuyer. C’est normal, les enfants qui apprennent à être actifs représentent autant de potentiels malades de moins quand ils seront adultes. Et le ministère de la Santé laisse entendre qu’il fait preuve d’une grande générosité en accordant aux Sports une enveloppe de sept millions…. Mais les hôpitaux réclament des centaines de millions de dollars, eux. Nous ne sommes qu’une goutte d’eau et pourtant peu comprennent l’importance de nos actions préventives auprès des jeunes en terme de santé physique ou mentale.»
À lire aussi, L’Éducation physique et l’activité physique : distinguons-nous la différence? de Jean-François Richard et Yvan Picard.
Fédération des éducateurs et éducatrices physique du Québec
Parascolaire… Sport-Québec
Sport-Québec est l’organisation mère du sport fédéré – amateur, donc – au Québec. Au-delà de son rôle de soutien auprès de près de 60 fédérations sportives, l’organisation s’implique aussi dans le mouvement PEP (Par l’Éducation Physique) qu’elle cautionne et diffuse en compagnie de plusieurs associations professionnelles. Rédactrice des rapports émis par Sport-Québec et responsable des communications, madame Michelle Gendron nous a parlé de la situation qui prévaut actuellement dans l’enseignement du sport au Québec.
PetitMonde : Pourquoi le sport doit-il d’abord être enseigné à l’école?
Michelle Gendron : «Parce que l’école est le lieu le plus démocratique pour l’apprentissage du sport. L’école rejoint tous les jeunes dès leur plus jeune âge. Une fois acquis, l’écolier sportif a de fortes chances de s’inscrire dans un club pour continuer à pratiquer le sport qui lui plaît. À long terme, cela contribue à maintenir, voire à augmenter, la clientèle du sport fédéré et surtout, cela contribue à modifier les habitudes de vie des jeunes, en les améliorant de façon substantielle.»
PM : Quelle organisation préconisez-vous?
MG : «Nous devons bénéficier d’un encadrement global.
Contrairement à ce qui se fait souvent en Europe, aujourd’hui, il n’existe aucun lien entre les organismes, entre les paliers. Le sport à l’école est dissocié du sport en dehors de l’école. L’espace récréatif est complètement éloigné du sport organisé. Le sport est systématiquement associé aux loisirs alors qu’ils ne répondent à aucune norme, aucun fonctionnement communs. Il n’existe aucun lien entre le sport amateur et le sport professionnel.
L’histoire du sport n’a pas été écrite au Québec. La structure sportive est essentiellement composée de bénévoles, c’est une œuvre communautaire ce qui offre un potentiel de rassemblement intéressant mais souvent la structure repose sur les épaules de quelques personnes – un athlète en devenir par exemple, s’il quitte, toute cette structure s’effrite. Il ne peut y avoir de véritable rayonnement dans ces conditions.»
PM : Pourtant, il semble que la situation évolue?
MG : «Il ne faut pas se leurrer, nous avons changé trois fois de ministère de tutelle en moins d’un an… Ça en dit long sur le peu de poids politique que nous avons. D’ailleurs, nous n’avons pas un ministre du sport, nous avons un ministre délégué à la Santé, aux Services sociaux et à la Protection de la Jeunesse, responsable du Loisir, du Sport et du Plein Air. Pas beaucoup de place pour le sport, ça! Et puis, tandis que les députés sont très fiers de se faire photographier à côté des athlètes olympiques, aucun subside ne suit ses démonstrations de soutien.
Cependant, c’est vrai, la situation évolue. Monsieur Gilles Baril, notre ministre de tutelle, semble être conscient de nos problèmes et prêt à nous soutenir. D’ailleurs, il vient de nous accorder des fonds additionnels. Une première en quinze ans… Auparavant, nous étions victimes de coupures chaque année. En fait, monsieur Baril a compris qu’investir dans le sport était un investissement dans la prévention médicale, dans l’amélioration de la santé des jeunes, et qu’à ce titre, c’était au moins aussi important que d’investir dans le curatif. Petit à petit, nous allons parvenir à définir une voie politique claire. Si tout le monde s’y tient, les choses vont vraiment bouger.»
Sport-Québec