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Sylvie Laplante
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Enfin! Après toute cette attente, peuplée de questionnements féconds et de démarches multiples, votre projet d’adoption voit le jour! Vous tenez votre bébé dans vos bras, débordants d’amour, la vie ne peut que vous sourire. Il semble, pourtant, que vous devrez jouer d’encore plus de patience que la majorité des familles. L’adoption exige une grande capacité d’adaptation, et ce, tant pour les parents que pour les enfants.
On parle de plus en plus du défi de la post-adoption, au cœur duquel plusieurs mythes et pièges guettent les nouveaux parents. Le plus grand mythe est sans nul doute celui de l’attachement instantané. «Cette croyance vient de l’époque où les parents québécois qui désiraient adopter étaient invités à visiter les dortoirs d’orphelinats. On leur disait: celui qui vous tendra les bras, c’est le vôtre, relate Johanne Lemieux, travailleuse sociale au Bureau de consultation en adoption de Québec. Pourtant, les sentiments positifs ou négatifs qui sont ressentis au moment du premier contact ne sont ni la garantie, ni l’échec de l’attachement et de l’amour. Une adoption, tout comme une naissance, c’est la rencontre de deux êtres totalement différents, qui ont désespérément besoin l’un de l’autre, mais où tout est à bâtir.»
Alors, pourquoi serait-ce plus difficile de créer des liens solides et stables dans une famille adoptante? «Parce que l’enfant adopté vivait déjà une autre réalité, rappelle Mme Lemieux. Et tout ce qu’il sent, c’est que cette réalité, même triste et difficile, vient de disparaître. Il ne fait qu’essayer de survivre le mieux possible. Il ne sait pas encore qu’il est avec un papa et une maman pour toujours.» Cette insécurité émotive peut persister des années durant, voire même dans la vie adulte. Les parents doivent donc toujours penser à se mettre dans la peau de leurs enfants pour les aider à trouver leur identité malgré leurs différences visibles et… invisibles!
Une famille à part entière
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Ainsi, on entend de moins en moins souvent parler d’histoires racistes ou importunes, comme celle racontée par une mère adoptive dans le site Ces enfants venus de loin. «Au retour à la maison avec notre petite Guatémaltèque de cinq mois, j’étais extrêmement fière de pouvoir enfin faire le tour du voisinage avec mon nouveau bébé dans sa poussette. Nous avions à peine tourné le coin de la rue que deux dames sont accourues pour voir la petite: de loin, ont-elles dit, on aurait cru que vous pouviez être sa mère!» Cette maman, Leceta Chishlom Guibault, a aussi eu droit à des questions du genre: «Combien a-t-elle coûté?», «Est-ce que sa peau deviendra plus foncée?» ou encore «Est-ce qu’elle est porteuse de maladies?» Mme Chishlom Guibault raconte qu’il arrive souvent que quelqu’un veuille «informer» sa fille du fait qu’elle est très chanceuse d’avoir été adoptée. Ce à quoi elle répond : «Mais, c’est son père et moi qui sommes chanceux d’être choyés par elle!»
Pour Claire-Marie Gagnon, présidente de la Fédération des parents adoptants du Québec, le racisme peut prendre des formes insidieuses et se manifester différemment selon l’âge et la nationalité de l’enfant. «Par exemple, on sait que ce sont les enfants noirs qui sont le plus souvent victimes de racisme en grandissant, alors qu’on les trouve bien «mignons» lorsqu’ils sont tout petits. Pour les Asiatiques, c’est le stéréotype de l’enfant parfait qui fait souvent la vie dure aux fillettes. Elles sont gentilles, dociles et elles devraient tout réussir. C’est souvent à l’adolescence que l’image tourne au cauchemar», poursuit Mme Gagnon.
Pas question pour Sylvie et Gérald de faire subir cette pression à Rosalie, 7 ans, qu’ils ont adoptée en Chine à l’âge de 8 mois. «Nous voulons avant tout former une famille comme les autres, résume Gérald, en rappelant que les différences culturelles font de toute façon partie de la vie quotidienne montréalaise. Rosalie et Jérôme (un petit Thaïlandais de 3 ans), parlent français à la maison comme à l’école. S’ils veulent apprendre leur langue plus tard, nous pourrons les inscrire à des cours. C’est important que nos enfants connaissent leurs racines, mais nous n’insistons pas sur leur culture d’origine. L’essentiel, c’est que l’enfant puisse s’épanouir dans sa famille et son milieu. Par exemple, Rosalie est plus anxieuse que Jérôme, elle a un problème d’attachement qui la pousse à vouloir toujours créer des liens avec les gens. Jérôme est plus confiant, peut-être parce qu’il a connu une première année de vie plus sécurisante. Nous devons composer avec ces inconnues. Mais au fond, ne dit-on pas qu’avoir un enfant, c’est toujours un peu une loterie?», conclut avec philosophie le papa, avant de se lancer dans la course à la préparation du souper!
Trouver le juste milieu
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À la même adresse, vous pourrez consulter la liste des «12 mythes et pièges des nouveaux parents adoptants». Le dernier point, et non le moindre, porte sur l’importance à accorder au fait qu’un enfant soit adopté. «Certains parents sont si fiers de leur petite fille d’origine chinoise qu’ils transforment la maison en pagode, se mettent à manger avec des baguettes, apprennent le mandarin en famille et racontent continuellement devant l’enfant leur merveilleuse expérience d’adoption, relate Johanne Lemieux. À l’opposé, certains cherchent à effacer toute trace du passé de l’enfant pour qu’il puisse repartir à neuf, comme ce couple qui pensait bien faire en jetant tous les vêtements et petits objets de leur poupon dans les toilettes de l’aéroport pour qu’il oublie son passé pénible. Dans les deux cas, ce sont de graves erreurs, poursuit Mme Lemieux. L’enfant doit apprendre à fonctionner avec ses deux identités en ayant la permission d’être chinois ou roumain lorsqu’il en ressent le besoin et d’être «québécois pure laine» quand il le désire. Cela dépendra des périodes de sa vie, des événements, des sujets abordés ou des difficultés rencontrées.»
Si tous les intervenants auprès des familles adoptantes insistent tant sur cette question d’identité, c’est qu’elle est fondamentale. «Les parents se préoccupent d’abord de la santé physique et des différences visibles, résume Claire-Marie Gagnon, présidente de la Fédération des parents adoptants du Québec. Mais ils doivent utiliser tous les moyens pour renforcer l’identité de leurs enfants, leur sentiment d’appartenance à leur famille, à leur milieu mais aussi à leur culture d’origine. Nous avons trois enfants, dont deux que nous avons adoptés en Colombie et au Guatemala. Depuis qu’ils sont tout petits, je collectionne les articles de journaux au sujet de ces deux pays, je leur présente des modèles de réussite, etc. Tout ça, toujours dans le but qu’ils se sentent bien dans leur peau et bien dans leur milieu de vie».
Voilà donc le grand défi des parents adoptants. Une quête d’identité bien particulière qui, à n’en pas douter, mérite largement le détour!
Pour en savoir plus sur l’adoption de A à Z :
Secrétariat à l’adoption internationale du Québec
Ces enfants venus de loin et les quatre associations québécoises de parents adoptants partenaires du site.