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En quelle langue babillent les bébés ?

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : En quelle langue babillent les bébés ?

Faute de pouvoir décrypter le babillage des bébés, des chercheurs se penchent sur l’origine de cette forme de langage fascinante. Voici des résumés d’études qui retiendront votre attention.


En quelle langue babillent les bébés ?
Daniel Baril

Quoi de plus inarticulé et universellement semblable que le babillage des bébés? Pourtant, non seulement les petits Québécois babillent-ils différemment des petits Chinois, mais leur babillage est distinct de celui des bébés français. C’est ce qu’a révélé une recherche de Blagovesta Maneva, chargée de cours au Département de linguistique et de traduction, menée a l’Université de Franche-Comté.

«Depuis le début des années 90, des travaux ont montré que le jeune enfant fait déjà des choix phonétiques et de structures syllabiques qui sont propres à la langue ambiante, indique la professeure. Cette composante est observable dès l’âge de huit mois à l’aide de spectrographes qui enregistrent la prosodie des vocalisations, c’est-à-dire la durée, la fréquence, le rythme et l’intensité des sons produits.» Ces travaux ont ainsi permis d’établir des différences caractéristiques entre les babillages de bébés français, arabes, suédois, américains et cantonais. Ceci a renversé la théorie dominante jusque-là et selon laquelle le babillage devait être partout le même parce que l’appareil vocal des tout-petits n’est pas suffisamment développé pour que des distinctions apparaissent avant l’âge de deux ans.

Isochronie française et affriquées québécoises
L’hypothèse de Blagovesta Maneva était que des différences de même type devaient être observables entre les diverses formes dialectales d’une même langue. Elle a donc enregistré le babillage de bébés québécois âgés de 10 a 21 mois pour le comparer avec celui de bébés français.

Les résultats ont confirmé son hypothèse. Ces babillages présentent deux différences fondamentales associées au français québécois et au français de France. «Chez les Français, les syllabes d’un même mot ont toutes la même durée, sauf la dernière, qui est allongée. Cette isochronie se manifeste dans le babillage vers l’âge de 14 mois. Toutefois, elle ne constitue pas une caractéristique du français québécois et on ne l’observe pas dans le babillage des bébés d’ici.» Par ailleurs, le français québécois possède une structure rythmique plus complexe que celle du français standard et compte davantage de syllabes. Les mots «fête» et «faite» ou «pâte» et «patte», par exemple, se prononcent différemment en québécois mais pas en français standard ; de plus, les consonnes tet «t» et «d»sont affriquées en québécois, c’est-à-dire qu’elles se prononcent «ts» et «dz» devant les voyelles i et u. «Ces consonnes affriquées sont observables chez les bébés québécois, mais pas chez les bébés français», affirme Mme Maneva.

Selon la chercheuse, la perception de la langue ambiante débute dès la vie intra-utérine et, à la naissance, le nourrisson a déjà une connaissance de la mélodie et de la prosodie de sa langue maternelle. «Au cours de l’apprentissage, le bébé va écarter progressivement les sons qui ne font pas partie de la langue ambiante. C’est pourquoi plus l’enfant vieillit, plus l’acquisition d’une deuxième langue devient difficile; il ne perçoit plus les sons qu’il a éliminés et la langue seconde sera marquée par un accent.»

Blagovesta Maneva poursuit présentement ses travaux auprès de jeunes enfants dont les parents sont de langues maternelles différentes et qui parlent deux langues en présence de l’enfant. Elle veut savoir si le babillage de ces tout-petits affiche déjà des caractéristiques du bilinguisme!


Cet article est tiré de «Les diplômés», la revue des diplômés de l’Université de Montréal, numéro 401, automne 2001.


Le babillage : clé du langage universel ?
Agence Science-Presse

Nous avons des fossiles dans la bouche. Ba-ba, ma-ma, da-da, ta-ta : ce sont bien plus que des babillages d'enfants. Ce sont les restes des plus anciens mots qu'aient prononcés nos ancêtres.

Quatre sons, pas un de plus: quatre sons qui se retrouvent dans dix langues éparpillées aux quatre coins du monde, de l'anglais au maori en passant par le français, le japonais, l'hébreu et le swahili. Quatre sons que n'importe quel bébé, à partir de 7 à 10 mois, prononce avant tous les autres sons.

C'est ce qui se dégage d'une recherche inattendue publiée récemment. Inattendue, parce que, il faut bien le dire, en matière de préhistoire, c'est plutôt du côté des squelettes qu'on a l'habitude de regarder, et pas sur le bout de la langue...

Et pourtant. La prochaine fois que vous entendrez un bébé babiller, dites-vous qu'il fait bien plus que babiller. Il tient dans sa bouche les clefs du langage. Pas seulement les clefs du langage qu'il va bientôt apprendre: les clefs de tous les langages qui se sont développés depuis des dizaines de milliers d'années. Son babillage est probablement le même que le babillage des bébés d'il y a 100 000 ans.

Et c'est peut-être sur ce babillage qu'ont été construits petit à petit le vocabulaire et la grammaire de toutes les langues du monde.

Lire sur les lèvres
Le langage est le propre de l'homme dit-on : il est le produit de notre cerveau. Certes. Mais il est aussi le produit de certains mouvements précis de la bouche, des lèvres et de la langue. C'est pourquoi deux chercheurs de l'Université du Texas, Peter F. MacNeilage et Barbara L. Davis, se sont dit que de dégager des points communs ne devrait pas être trop difficile : après tout, le nombre de mouvements que peut opérer notre bouche pour produire des sons est relativement limité. Ne serait-il pas possible de retourner aux origines, et de trouver des sons communs à toutes les langages?

«Les bébés sont très forts pour ça», résume John L. Locke, de l'Université Cambridge, spécialiste du  langage des bébés, dans un article complémentaire à cette recherche, que publie Science. «Si vous ne bougez rien d'autre, et poussez votre langue dans le haut de votre bouche, ce qu'ils font naturellement pour manger, vous obtenez des sons tels que «da-da, ta-ta, ma-ma ou ya-ya». Or, ces sons sont justement communs à toutes les langues et constituent, ce n'est pas un hasard, les premiers mots que les enfants apprennent-comme, bien sûr, «maman» et «papa». Ou «bye-bye».

Une façon comme une autre de dire que les premiers mots prononcés par les humains n'étaient pas le fruit d'une très longue réflexion, mais le banal résultat des mouvements de la bouche les plus naturels qui soient.

Et au passage, cette affirmation entre en contradiction avec ce qu'une vedette de la linguistique, Noam Chomsky, avance depuis les années 50 : pour lui, le langage est le résultat d'un héritage génétique. Autrement dit, notre capacité à parler serait le résultat d'une mutation d'un ou de plusieurs gènes, qui se traduirait par un développement particulier de notre cerveau. Alors que MacNeilage et Davis, au contraire, ramènent cela à de banals mouvements de la langue et des lèvres. "Nos ancêtres et les autres primates avaient les ressources mécaniques pour faire ces simples sons, déclare MacNeilage à l'Associated Press. Le matériel nécessaire pour produire des mots ne nécessite pas un bond génétique des primates aux humains.»

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