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EHDAA: ce qu'un parent doit savoir

Éducation

Parents : Documentation : Éducation : EHDAA: ce qu'un parent doit savoir

France Beauregard, professeure à l'université de Sherbrooke, faculté d'éducation

Il y a tant de choses à dire sur l’intégration scolaire. Je me rappelle ces questions et ces inquiétudes qui nous venaient à l’esprit, mon conjoint et moi, lorsque nous avons été confrontés à la possibilité qu’un de nos enfants soit intégré ou non en classe ordinaire.

Mes recherches m’ont amenée à constater que plusieurs parents se posent les mêmes questions. Il y a les questions d’ordre personnel: est-ce le bon choix? Comment savoir si cela fonctionne? Mon enfant aura-t-il des amis? Puis, il y a les questions d’ordre législatif: quels sont les services? Pourquoi mon enfant n’est-il pas reconnu comme handicapé même s’il a un diagnostic? Pourquoi n’a-t-il pas le même soutien qu’un autre enfant qui a les mêmes difficultés? S’il est facile de répondre aux questions d’ordre législatives, il en est autrement pour les questions d’ordre personnel car plusieurs facteurs sont à considérer: caractéristiques de l’enfant, croyances, attentes, attitudes de chacun, représentations de ce qu’est l’intégration scolaire, etc. Dans cet article, vous trouverez des éléments de réponses appartenant surtout au volet législatif et dans certains cas au volet personnel.

Adaptation ou intégration scolaire?

L’adaptation scolaire correspond aux différentes formules de services et de ressources qui permettront de répondre aux besoins des élèves en difficulté. À cet effet, l’orientation fondamentale de la politique d’adaptation scolaire au Québec demande d’accepter que la réussite éducative puisse se traduire différemment selon les capacités et les besoins des élèves et de se donner les moyens qui favorisent cette réussite. Autrement dit, cette politique demande au milieu scolaire et à la société d’accepter que les élèves ne prennent pas tous le même chemin pour leur réussite éducative ni qu’ils le font de la même façon. L’intégration scolaire est en quelque sorte une application de cette politique.

Qu’est-ce que l’intégration scolaire

Dans le Petit Robert, intégration signifie «opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité, à un milieu». Quand on parle d’intégration physique on pense aux rampes d’accès qui permettent aux personnes se déplaçant avec des fauteuils roulants d’avoir accès à l’entrée d’un édifice. Il y intégration sociale lorsque des personnes avec un retard mental travaillent, demeurent en logement et participent à des activités sociales. Enfin, il y a l’intégration scolaire qui regroupe les deux précédentes et qui permet à tout élève ayant un besoin particulier d’avoir des services éducatifs spécifiques lui permettant de faire des apprentissages (Legendre, 2005). Le but ultime de ces intégrations est que la personne différente fasse partie intégrante de la société dans laquelle elle vit.

D’où vient-elle?

L’intégration scolaire n’est pas née du hasard. Ce n’est que depuis les années 60 qu’il est question de l’intégration scolaire des élèves en difficulté dans le milieu de l’éducation. Autrefois, ces élèves étaient nommés «élèves exceptionnels» et recevaient leur instruction dans un système scolaire parallèle à celui des élèves sans difficulté. Au début des années soixante, des recherches mettent en doute l’efficacité du système d’éducation spéciale. En effet, elles ne peuvent démontrer que celui-ci prépare mieux les personnes handicapées à s’intégrer socialement et qu’elles acquièrent un certain niveau d’apprentissage. En même temps, des parents intentent des procès contre les administrations scolaires pour que leur enfant ait droit à l’éducation dans un milieu plus normal. À la suite de différentes concertations, le système scolaire pour l’enfance exceptionnelle est fusionné au système scolaire ordinaire. Bref, l’intégration scolaire découle de la volonté de reconnaître que les personnes différentes ont les mêmes droits que les personnes dites normales et vivent des opportunités sociales et scolaires similaires.

À qui s’adresse-t-elle?

L’intégration scolaire existe au Québec depuis la fin des années soixante-dix. Elle s’adresse, selon la définition du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), aux élèves à risque et aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Pour qu’un enfant soit considéré comme un élève HDAA, il doit d’abord y avoir une évaluation qui identifiera les forces et les difficultés ainsi que les acquis de l’élève. Une fois la situation de l’élève bien cernée et l’impact des difficultés sur ses apprentissages mesuré, les intervenants pourront identifier des pistes d’action pour aider l’élève à miser sur ses forces, à surmonter ses difficultés et conséquemment à progresser. C’est à ce moment que se décide si l’élève sera intégré et de quelle façon. L’organisation des services devant répondre aux besoins propres de chaque élève, il n’est pas rare de constater que, pour un même handicap ou une même difficulté, les pistes d’action proposées diffèrent d’un élève à l’autre. Par exemple, un enfant dysphasique peut avoir une accompagnatrice tous les jours alors que pour un autre, il s’agira d’avoir des périodes de soutien en orthopédagogie.

Comment les élèves sont-ils classés?

Pour qu’un élève soit reconnu comme HDAA, il doit être identifié comme tel. Si l’élève est considéré comme handicapé, un code lui est alors attribué. Chaque déficience a son code: intellectuelle profonde, intellectuelle moyenne à sévère, motrice légère ou organique, langagière, motrice grave, visuelle, auditive, troubles envahissants du développement, troubles relevant de la psychopathologie et troubles graves du comportement (MELS, 20041). Une dernière catégorie, temporaire celle-ci, est attribuée de façon exceptionnelle le temps que les conclusions professionnelles se précisent.

Cependant, ce n’est pas parce qu’un enfant est diagnostiqué avec une déficience qu’il sera reconnu comme élève handicapé par le MELS. Pour cela, il doit répondre aux critères établis par le ministère pour chaque déficience. Les élèves qui ne correspondent pas aux définitions du MELS sont alors considérés comme élèves à risque ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Une situation qui est perçue par des parents comme une non-reconnaissance de la déficience de leur enfant d’abord, parce que l’élève handicapé peut faire sa scolarité (primaire — secondaire) jusqu’à l’âge de 21 ans alors que les autres élèves doivent quitter le système scolaire à l’âge 18 ans. Puis, comme nous le verrons plus loin, le soutien varie selon que l’enfant est considéré élève handicapé ou élève en difficulté. Enfin, nous ne connaissons pas les critères qui différencient l’élève à risque de l’élève en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

Nous avons vu précédemment que les services offerts pouvaient varier d’un élève à l’autre selon les résultats de l’évaluation des besoins. Mais d’autres facteurs peuvent également expliquer cette variabilité.

Il faut savoir que l’organisation des services complémentaires offerts aux élèves HDAA est sous la juridiction des commissions scolaires. Chaque commission scolaire adopte «une politique relative à l’organisation des services éducatifs offerts à ces élèves qui assurent l’intégration harmonieuse dans une classe ou un groupe ordinaire et aux autres activités de l’école de chacun de ces élèves lorsque l'évaluation de ses capacités est de nature à faciliter ses apprentissages et son insertion sociale et qu’elle ne constitue pas une contrainte excessive ou ne porte pas atteinte de façon importante aux droits des autres élèves» (LIP, art. 235). Cette politique doit prévoir:

  1. les modalités d’évaluation des élèves HDAA en y incluant les parents et l’élève lui-même, à moins qu’il en soit incapable;
  2. les modalités d’intégration de ces élèves dans les classes ou groupes ordinaires et aux autres activités de l’école ainsi que les services d'appui à cette intégration;
  3. les modalités de regroupement de ces élèves dans des écoles, des classes ou des groupes spécialisés;
  4. les modalités d’élaboration et d’évaluation des plans d’intervention destinés à ces élèves (LIP, art. 235).

C’est donc dire que pour une même déficience les services complémentaires peuvent varier d’une commission scolaire à l’autre. Enfin, chaque école décide de l’organisation des services qu’elle a obtenus de la commission scolaire. Par exemple, une école décidera que l’orthopédagogue rencontrera d’abord les élèves de maternelle et de premier cycle afin de dépister ceux qui sont à risque ou en difficulté alors qu’une autre école décidera que l’orthopédagogie s’adresse aux élèves déjà reconnus HDAA. Mais quelle que soit l’organisation des services, encore faut-il avoir les personnes ressources à sa disposition. C’est connu et documenté: il y a actuellement au Québec une pénurie de professionnels (orthopédagogue, orthophoniste, psychologue, etc.) et que certaines régions sont mieux desservies que d’autres.

Quels sont les types de services fournis?

Quelle que soit la catégorie à laquelle l’élève est associée et l’organisation des services, des mesures d’appui doivent être mises en place pour lui permettre de progresser. Il existe différentes modalités. Certains élèves recevront une partie de leur instruction en classe spéciale ou en classe ressource et certains en classe ordinaire. D’autres encore seront intégrés à temps plein en classe ordinaire. Cependant, il est faux de croire qu’un enfant qui commence son cheminement en milieu spécial ne pourra être intégré en classe ordinaire ou vice versa. Le classement (classe spéciale ou ordinaire) de l’élève est, en fait, ajusté selon son évolution.

Quel que soit le cheminement, il doit y avoir des services complémentaires offerts à ces élèves pour que l’intégration scolaire réussisse. Il y a plusieurs modèles d’application de services proposés. Pour les élèves handicapés ou en troubles graves du comportement, nous trouvons deux types de soutien. Le premier, le soutien continu, correspond à des services offerts plusieurs fois chaque jour. De plus, un membre du personnel doit être disponible en tout temps pour intervenir lors de situations imprévues. Seules quelques catégories d’élèves peuvent obtenir ce type de soutien (intellectuelle profonde, intellectuelle moyenne à sévère, troubles envahissants du développement, troubles relevant de la psychopathologie et troubles graves de comportement). Le second, le soutien régulier, se caractérise par une aide fréquente au cours d’une journée et qui représente plusieurs heures par semaine. Ce soutien s’adresse aux élèves ayant une déficience motrice légère ou organique, langagière, motrice grave, visuelle ou auditive. Devant ces deux types de soutien, on comprend que des parents fassent des démarches importantes pour que leur enfant handicapé soit reconnu comme élève handicapé plutôt qu’élève en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

Outre ces deux types de soutien, il existe une multitude de mesures d’appui qui peuvent s’appliquer à tous les élèves HDAA, par exemple: rencontres avec des orthopédagogues, orthophonistes, psychoéducateurs psychologues, techniciens en éducation spécialisée, etc. Les modalités d’application de ces services seront en fonction de l’évaluation des besoins de l’élève et de l’organisation des services. L’aide peut être également indirecte. Par exemple, en apportant du soutien à l’enseignant pour qu’il participe à des formations adaptées à ses besoins ou encore, en permettant la présence d’une accompagnatrice en classe. Également, il peut s’agir d’adaptation de matériel pédagogique, d’apprentissage de stratégies, de conditions favorisant les évaluations scolaires en leur allouant plus de temps, en les passant dans le local de l’orthopédagogue, en reformulant les questions, en utilisant une enregistreuse, etc. Bref, il y a une multitude de mesures et de moyens qui peuvent être mis en place pour faciliter et réussir l’intégration scolaire d’un élève.

Qu’est-ce que le PIA ?

Les différents services et mesures d’appui seront abordés lors de l’élaboration du plan d’intervention (PIA). Ce plan s’adresse à tous les élèves HDAA et permet de planifier les interventions auprès de l’élève. Il consiste à cerner les difficultés et les forces de l’enfant, à définir des objectifs à court, moyen et long terme; à proposer des moyens pour atteindre ces objectifs et à déterminer les mesures qui seront offertes à l’enfant. C’est également l’occasion, si cela n’est déjà fait, de discuter avec l’équipe-école des attentes et du rôle de chacun (parents, enseignants, professionnels, etc.). Le PIA doit être réévalué régulièrement pour vérifier d’une part, si les moyens mis en place permettent d’atteindre les objectifs de départ et d’autre part, suivre les progrès scolaires de l’élève. Ce plan est sous la responsabilité de la direction d’école et se fait en concertation avec les parents, le personnel qui dispense les services et l’élève lui-même, s’il le veut (LIP, art. 96.14). Il ne faut pas oublier que le parent devrait toujours être consulté pour toute décision concernant son enfant.

Il existe deux autres types de plans. D’abord, le plan de service qui a lieu lorsque l’élève reçoit des services d’un centre de réadaptation ou d’un centre jeunesse. Il consiste à planifier et à coordonner les services conjoints entre le centre et l’école. Puis, il y a le plan de transition dont le rôle est de faciliter le passage de l’élève d’une étape à l’autre de sa vie. Le plan de transition peut être appliqué lors du passage de la petite enfance à la maternelle, de la maternelle au primaire, du primaire au secondaire, de la classe spéciale à la classe ordinaire et ainsi de suite. Ce type de plan permet à l’élève de vivre une adaptation plus rapide et permet une continuité d’une transition à l’autre. Une mesure d’appui fonctionnant au primaire, comme accorder plus de temps à un enfant aux examens, peut être reportée au secondaire. Finalement, le plan de transition permet également de mettre rapidement en place des mesures qui préparent l’élève à sa vie adulte.

Quels sont les recours possibles?

Lorsqu’un parent est insatisfait d’une décision prise, tel le classement de son enfant ou les services fournis, il peut bénéficier de certains recours. La première personne à rencontrer est la direction d’école avec laquelle il discutera des ajustements possibles. Il peut par la suite référer au conseiller pédagogique des services complémentaires ou sensibiliser son commissaire d’école. Il peut également porter son insatisfaction au comité consultatif qui représente les élèves HDAA. Généralement, un tel comité ne discute pas de cas particulier, mais d’un ensemble de dossiers. Il émettra des recommandations lorsqu’il constatera un problème récurrent. Ce comité étant consultatif, les commissions scolaires ne sont pas tenues de respecter ses recommandations. Si le litige se poursuit, le parent peut aller au comité d’appel ou de révision au conseil des commissaires. Pour ce faire, il doit contacter le secrétaire dudit conseil et demander à être entendu lors de leur prochaine rencontre. On lui expliquera alors les diverses démarches à faire.

Et maintenant?

Tout n’a pas été dit. Il reste des questions à approfondir et d’autres à aborder. Nous espérons que ce survol aura permis d’apporter des éclaircissements sur des situations qui peuvent sembler incompréhensibles. Différents organismes (commissions scolaires, associations de parents, organismes communautaires, etc.) ont produit des documents offrant des informations supplémentaires comme les différentes démarches à faire, l’élaboration du PIA, comment monter le dossier de l’enfant, les moyens pour aider l’enfant à s’intégrer, etc. Il est important de se rappeler que plus un parent est informé, mieux il peut défendre les droits de son enfant.


Source: Action Parents / Vol. 31, nº3

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