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Du jeu à l'amitié

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : Du jeu à l'amitié

Sylvie Laplante

«Elle a plongé dans mes bras. Je l’ai reçue sur mon cœur. Ça m’a fait mal de refermer mes bras sur ce corps si menu dans lequel se cachait ma meilleure amie. Je l’ai bercée comme un bébé. Elle ne pesait pas beaucoup plus de toute manière.»

Cette citation, très  touchante, est tirée d’un des plus beaux romans sur l’amitié que j’ai lus. Et je ne dis pas ça parce qu’il a été écrit par ma copine Sonia Sarfati, quoique ça lui donne une valeur toute spéciale. Dès les premières pages tournées de ce livre qui s’adresse aux jeunes, on se rend compte que cette histoire de deux amies, qui sont comme deux sœurs, n’a pas d’âge. Lorsque Frédérique sombre dans l’anorexie et devient Comme une peau de chagrin (le si beau titre de ce livre!), sa meilleure amie Gabrielle ne la reconnaît plus. Mais, elles se nourrissent si bien, malgré les hauts et les bas de leurs cœurs soudés depuis l’enfance, que Frédérique retrouve l’appétit de vivre.

Les premiers pas

Photo: Louise Mallette

Comment mieux dire l’importance de ce type de relation dans nos vies, et ce, dès le plus jeune âge! On pourrait aussi citer le grand philosophe Charlie Brown pour qui: «Un ami, c’est quelqu’un qui comprend pourquoi j’aime le soda à la fraise, sans fraise dedans». Mais, comment en arrive-t-on à développer une telle complicité ?

Tout commence par le jeu, répondent en choeur psychologues, éducateurs et autres spécialistes de la petite enfance. «Grâce à cette occupation vitale, libre et apparemment sans but, l’enfant fait tous ces grands apprentissages: de la maîtrise de son corps à celle du langage, en passant par le développement de sa pensée et de sa socialisation», explique-t-on dans Fêtes des bébés, vivre avec son enfant de 0 à 3 ans.

Pas besoin de savoir parler pour communiquer. Les bébés cherchent à entrer en contact les uns avec les autres. Et puis, un jour, les enfants commencent vraiment à s’intéresser à leurs semblables. Mais, ce n’est que vers trois ou quatre ans que l’on peut parler de réelle amitié (consultez le tableau «Entrer en contact, étape par étape»). Quant à l’intégration respectueuse des règles d’un jeu de société, il faudra patienter, généralement, jusqu’à la septième année.

Comme parent, il est important d’être conscient de ces étapes de socialisation parce que le sentiment d’appartenance s’acquiert d’abord au sein de la famille. «C’est dans le contexte familial que l’enfant s’initie à la vie de groupe. Accompagné et soutenu, il arrive à dépasser son égocentrisme et à tenir compte des autres. Il apprend à communiquer, à défendre son opinion, à respecter les règlements établis, à assumer ses responsabilités et à partager», comme l’expliquent Danielle Laporte et Lise Sévigny dans le guide Comment développer l’estime de soi de nos enfants. Les auteures ajoutent qu’il est aussi important d’encourager votre enfant à vivre des expériences diverses à l’extérieur de la maison avec des amis ou en groupe.

«C’est mon jouet!»

Les parents ne devraient cependant pas s’en mettre trop lourd sur les épaules en se sentant coupables chaque fois que leur enfant pose un geste qui peut paraître asocial. Ne pas en faire tout un plat lorsque bébé refuse de prêter son seau de plage, par exemple. «Prêter ne veut rien dire pour un jeune enfant. Comment peut-il comprendre que c’est un geste provisoire», précise-t-on dans Fêtes des bébés. Il ne faut donc pas y voir un signe d’égoïsme, mais plutôt une façon de forger sa personnalité et de défendre sa place parmi les autres. Un sage conseil pour les premiers échanges: évitez de prêter ses jouets favoris et tentez plutôt de détourner l’attention pour désamorcer les conflits.

«Apprendre à partager représente un stress chez l’enfant, tant qu’il a de la difficulté à exprimer ce qu’il ressent», explique la psychologue Danielle Hémond qui a longtemps travaillé en milieu scolaire. C’est pourquoi un bambin de deux ans peut mordre son compagnon de jeu à la garderie sans qu’on lui prédise pour autant une adolescence agressive!

Il faut faire une différence entre un comportement normal par rapport à l’âge de l’enfant et les combinaisons de facteurs qui peuvent servir dès l’enfance à prévenir des problèmes de comportements à l’adolescence, nuance Sylvana Côté, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université de Montréal. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi consulter l’article de François Bowen qui évalue un programme visant le développement de la compétence sociale à la maternelle ainsi que l’article Qui se ressemble s'assemble! de Frank Vitaro.

Juste pour s’amuser

Photo: Sylvie Poirier

Tout en restant vigilants quant à la qualité des premières relations amicales que nos enfants développent, il est aussi bon de regarder l’autre côté de la médaille. «Beaucoup de parents craignent que leur enfant s’intègre mal à la société simplement parce qu’il a moins d’amis qu’un autre, précise Danielle Hémond. On valorise beaucoup l’être sociable, même chez les adultes. Comme si on devait toujours aimer être entouré de monde et s’y sentir à l’aise. Pourtant, tout comme nous, les enfants ont besoin de moments de tranquillité où leurs activités ne sont pas encadrées. Avez-vous remarqué qu’ils sont presque toujours en groupe, dès leur plus jeune âge: garderie, école, camps de vacances, équipes sportives…Ils font toujours partie d’une organisation avec des cadres et des règles à suivre. Il est aussi sain de les laisser un peu respirer et renouer avec leur imaginaire», conclut la psychologue.

Une autre bonne façon de favoriser la détente, sans laisser de côté la socialisation, est de redécouvrir les jeux coopératifs. Cela peut vous sembler vieux jeu, mais ces activités prennent un nouveau sens lorsqu’on les utilise pour contrebalancer les valeurs de performance à tout prix auxquelles les enfants n’échappent pas, même dans leurs loisirs. «Les jeux coopératifs favorisent le travail d’équipe, l’harmonie, la collaboration et le partage (…) De façon générale, la coopération nous offre la possibilité de repenser toute notre philosophie de l’activité physique, du jeu, et même de la vie, en visant la participation de tous et la réussite collective», résume Christine Fortin, auteure de Je coopère, je m’amuse : 100 jeux coopératifs à découvrir, dont nous vous présentons quelques fiches d’activités pour faire meilleure connaissance.

En voici les 12 principes de base :

  • Tout le monde doit s’amuser .
  • Tout le monde doit vivre des situations de succès.
  • Personne ne doit avoir d’habiletés techniques ou physiques spéciales pouvant lui donner un avantage sur les autres participants.
  • Tout le groupe doit participer activement.
  • Personne ne doit être éliminé.
  • Personne ne doit être mis en évidence.
  • Tous doivent gagner.
  • On doit favoriser les échanges entre les partenaires et les gestes coopératifs.
  • Les limites quant au nombre de participants et de participantes sont variables et presque inexistantes.
  • L’activité doit, d’une certaine façon, présenter un défi et être stimulante.
  • Les consignes doivent être simples et précises.
  • Les limites de terrain doivent être simples et précises.

Ce type de jeu peut se faire dans n’importe quelle circonstance, que ce soit lors d’une fête d’enfants, de vacances en camping ou d’une rencontre familiale à la maison; à deux ou à vingt partenaires, avec ou sans accessoires… «L’important, dit l’auteure, c’est d’avoir du plaisir sans compétition; c’est de jouer pour jouer!»

Et les jeux vidéo?

C’est bien beau tout cela, direz-vous, mais à l’heure des jeux vidéo et des cédéroms, n’est-ce pas un peu idéaliste? Selon les spécialistes, ce qu’il faut retenir, c’est que les enfants préfèrent (et préfèreront toujours!) jouer ensemble. Alors, même si l’engouement des enfants de tous les âges pour les jeux d’écran a effrayé bien des parents, on se rend compte maintenant qu’ils n’ont pas révolutionné entièrement l’univers du jeu.

On les a vite accusés de nuire à la socialisation des enfants en en faisant des joueurs solitaires littéralement cloués à leur écran. À moins de cas problématiques, on s’accorde pour dire que ces jeux ont aussi leur place dans le développement de l’enfant en faisant intervenir plusieurs facultés telles l’attention, la mémoire, la coordination et la poursuite d’un but à atteindre. Sans compter que les jeunes joueurs prennent plaisir à s’échanger leurs trucs, sans pour autant abandonner leurs autres jeux et activités.


Pour en savoir plus

Comme une peau de chagrin, Sonia Sarfati, collection Roman +, Les éditons de la courte échelle, 1995.

Fêtes des bébés- Vivre avec son enfant de 0 à 3 ans, sous la direction de Dominique Brisson, Éditions du Seuil, 2000.

Comment développer l’estime de soi de nos enfants- Guide pratique à l’intention des parents d’enfants de 6 à 12 ans, Danielle Laporte et Lise Sévigny, Hôpital Sainte-Justine,1998.

Je coopère, je m’amuse- 100 jeux coopératifs à découvrir, Christine Fortin, Chenalière/Didactique, Chenalière/McGraw-Hill, 1999.

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