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Doter l'école d'une vision humaniste pour contrer le décrochage

Éducation

Parents : Documentation : Éducation : Doter l'école d'une vision humaniste pour contrer le décrochage

Myriam Huzel

Partageons le savoir

Au Québec, le taux de décrochage scolaire qui s’élève à 30% au secondaire dans le secteur public a provoqué de vives réactions dans toutes les sphères de la société. Des acteurs du monde des affaires comme Jacques Ménard ont pris part aux débats en proposant un plan d’intervention pour réduire le décrochage à un taux de 20% d’ici 2020. Pour y arriver, M. Ménard suggère dix étapes (voir annexe 1) allant de la revalorisation de l’éducation à la mise en œuvre de projets communautaires pour les jeunes à risque. Depuis la sortie de ce rapport, citoyens, enseignants, politiciens et médias se prononcent sur les causes du décrochage, tandis que des collectifs et regroupements pour l’éducation émergent pour proposer des solutions ou partager leur vision.

Dans la foulée des recettes miracles pour pallier le fléau du décrochage, La Presse publiait un article de Marc Dallaire, professeur depuis 23 ans à l’Institut de technologie agroalimentaire, qui posait le verdict suivant sur le décrochage scolaire: «la génération de l’enfant-roi a donné naissance à des élèves qui n’ont plus le sens des responsabilités et qui ne sont plus contraints à fournir des efforts. L’école n’étant pas un lieu d’amusement, mais un lieu de travail où il faut faire des efforts sur une base constante […] un gros contrat pour la génération présente qui a eu tous les privilèges, sans jamais recevoir la partie plate des responsabilités[i]».

Est-ce que le problème du décrochage scolaire se résume, comme le prétend M. Dallaire, au fait que les élèves ont perdu le sens de l’effort et du sacrifice?

Entrevue avec Charles E. Caouette
Dans le cadre d’une entrevue avec Charles E. Caouette, professeur honoraire à la retraite du département de psychologie de l’Université de Montréal et pionnier du mouvement alternatif au Québec, le problème du décrochage doit être centré sur l’élève.

La motivation doit venir d’abord de l’élève, mais pour que celui-ci la maintienne, il faut qu’il se sente valorisé, intégré au sein de son environnement scolaire et que ses apprentissages soient significatifs pour lui. Aujourd’hui, les jeunes évoluent dans le monde des communications, que ce soit à travers des réseaux sociaux sur Internet, par leurs cellulaires ou leurs courriels, ils ont accès à une quantité d’information infinie en tout temps. Ils sont donc plus informés que jamais et ils ont besoin de donner un sens à tout ce qui leur parvient comme information. Leur curiosité nécessite des réponses et les enseignants doivent devenir des phares pour guider les jeunes à travers ce flot d’apprentissages. Dans ce contexte, l’enseignant ne peut plus appliquer une transmission statique des savoirs qui proviennent uniquement des programmes pédagogiques: il doit adapter son enseignement en fonction des intérêts de ses élèves afin de rendre la matière significative.

Ainsi, l’école connaît une certaine difficulté à répondre aux besoins et à la réalité de ses élèves. Ces derniers ne se plient plus à la rhétorique traditionnelle d’apprendre une théorie parce qu’elle est matière à examen. Cette ritournelle n’a plus de sens aux yeux des jeunes. La matière doit être transmise de façon dynamique et personnalisée et avoir comme point de départ les intérêts de l’élève, non conformément à la tradition pédagogique de l’enseignant à l’élève.

L’école n’est pas un lieu d’amusement, autant qu’elle n’est pas plus un lieu de compétition, de performance, de stress ou de violence. Elle doit transmettre une vision plus profonde que l’obtention d’un diplôme et la réussite matérielle. L’école doit fournir des repères plus solides aux élèves que ceux véhiculés par notre société industrielle. En prônant des valeurs universelles d’entraide, de partage et une vision ouverte sur le monde, l’élève développe un sentiment d’appartenance envers l’école.

Bien que les parents, les enseignants, les politiciens, les intervenants et les membres de la communauté des affaires se prononcent sur la source du malaise qui ronge nos écoles, la parole doit revenir avant tout à l’élève. Même si les initiatives comme celle entreprise par M. Ménard sont louables et nécessaires afin de mobiliser et de créer une solidarité autour des enjeux de l’éducation, le bien-être de l’élève doit être au cœur de nos préoccupations.

Le décrochage ne doit pas devenir un enjeu économique, parce qu’un décrocheur coûte des milliers de dollars à l’État, mais parce que 30% des jeunes ne sont pas bien à l’école. Lorsque la ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, a reconnu qu'il fallait s'attaquer de toute urgence à ce fléau en disant vouloir «fixer très certainement des objectifs de résultats», elle utilise un vocabulaire emprunté au monde des finances et non à celui de l’éducation. Doit-on parler d’objectifs et de résultats ou plutôt de changements et d’adaptation?

Ce sujet vous intéresse? Visionnez l’entrevue avec Charles E. Caouette au http://www.partageonslesavoir.com/!

ANNEXE 1

  1. Élargir à l’ensemble de la société québécoise le consensus sur la nécessité de valoriser l’éducation et la persévérance scolaire.
  2. Renforcer la mobilisation régionale en matière de persévérance scolaire.
  3. Accroître les services d’accompagnement offerts aux futurs parents, aux parents et aux enfants de 0 à 5 ans issus de milieux défavorisés.
  4. Mener des projets pilotes communautaires – complémentaires aux services de garde – ciblant les enfants à risque de 0 à 5 ans dans les milieux défavorisés afin de préparer leur intégration au primaire.
  5. Favoriser et instaurer des pratiques d’excellence pour réduire les retards d’apprentissage au primaire. Le groupe préconise le dépistage des retards d’apprentissage au primaire, l’offre de services d’aide personnalisée et le suivi du progrès des enfants dépistés.
  6. Renforcer la stratégie Agir autrement au moyen de méthodes d’intervention éprouvées. Le déploiement de méthodes d’intervention à l’école secondaire devra permettre de dépister les jeunes à risque, de leur offrir des services de soutien et de mesurer leurs progrès.
  7. Mettre en œuvre des projets communautaires ciblant les jeunes à risque au secondaire dans les quartiers les plus défavorisés.
  8. Faciliter et encourager la transition vers la formation professionnelle.
  9. Incorporer dans le système d’éducation des mesures incitatives et des outils de gestion de la performance ciblant la persévérance scolaire, en s’appuyant sur la loi récemment promulguée à cet effet.
  10. Créer une instance nationale de concertation en persévérance scolaire, dans le cadre d’un partenariat entre le gouvernement, le milieu scolaire, le secteur civil et le milieu des affaires. Les cinq rôles de cette instance seront de favoriser la coordination et l’arrimage des interventions, de diffuser les connaissances acquises et les meilleures pratiques, de fournir une expertise pointue au besoin, de chapeauter l’évaluation des mesures déployées, et d’assurer un effort soutenu en persévérance scolaire.


[i] DALLAIRE, Marc. Chers élèves, accrochez-vous! Le jeune doit trouver en lui-même la motivation pour ses études. Publié dans La Presse, A20, Montréal, vendredi 3 avril 2009.


Article – Dernière mise à jour le 5/5/2009

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