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Des enfants plus forts

Santé

Parents : Documentation : Santé : Des enfants plus forts

Photo : © 2001-2002 www.arttoday.com

Un grand nombre d’enfants vivent un stress et une douleur intenses, lors de la croissance, en raison de leur santé ou de leur milieu. Or, les risques qu’ils perçoivent dans certaines sphères de leur vie (par exemple une maladie chronique, des mauvais traitements ou la pauvreté) peuvent être atténués grâce à divers «outils» tirés d’autres sphères et formant en quelque sorte un «trio protecteur»: perspectives individuelles, liens familiaux étroits et réseau de soutien externe faisant intervenir l’école et la collectivité (Garmezy, 1991b). Grâce à un tel système de protection, certains enfants deviennent plus forts dans l’adversité (Sinnema, 1991; Cicchetti et al. 1993).

L’adhésion à un groupe familial cohésif et positif contribue à l’essor de nombreuses qualités protectrices chez l’individu, telles que l’optimisme, le sens et la valeur des choses, la confiance, l’estime de soi et la capacité de recueillir un soutien social. Parmi les facteurs qui favorisent cette force au sein des familles, dans les milieux de garde d’enfants et dans les écoles, citons:
L’affection et l’entraide (Gribble et al., 1993)
L’établissement d’objectifs élevés mais réalistes (Baumrind, 1989);
La possibilité pour les enfants de participer et de contribuer (Baumrind, 1989);
La force, au sein de la famille, «d’encaisser les coups durs» malgré le stress chronique et les crises répétitives (McCubbin, McCubbin et Thompson, 1992).

La participation à la vie sociale aide la famille et stimule sa force psychologique. Dans les collectivités au capital social et à la cohésion sociale faibles, il revient aux parents de voir à développer le ressort psychologique des enfants. Sans aide, il est cependant très difficile d’enrayer les effets accablants de l’inégalité des chances et du manque de civisme (Garbarino et al., 1992; Richters et Martinez, 1993; Capaldi et Patterson, sous presse).

De nombreux facteurs nuisent au bon développement des enfants depuis la conception jusqu’à l’adolescence. D’autres, cependant, ont des effets favorables et aident les enfants non seulement à survivre, mais aussi à triompher de l’adversité. Des programmes ont été élaborés et mis en œuvre dans plusieurs pays pour neutraliser l’impact de ces facteurs négatifs et protéger le potentiel de développement des enfants défavorisés. Les paragraphes suivants décrivent quelques-unes des interventions qui ont permis de contrôler avec succès les déterminants non médicaux de la santé aux tout premiers stades du développement de l’enfant.

Prévention des naissances prématurées par l’amélioration des soins prénatals [France]

Ce programme s’est penché sur la faiblesse du statut socio-économique comme principal déterminant de la santé. Les causes premières des naissances prématurées ont ainsi été dégagées, ainsi que les techniques préventives disponibles. La prestation de service a été reconnue et le rapport coût-efficacité, analysé. La sensibilisation devait représenter la principale intervention, sachant que l’obstacle majeur était la mauvaise compréhension du public. Pour assurer le succès du programme, il a fallu faire comprendre aux médecins, aux sages-femmes (par l’intermédiaire d’articles et de conférences) et aux femmes elles-mêmes (par l’intermédiaire des médias) qu’un grand nombre de naissances prématurées pouvaient être évitées grâce à une approche bien gérée en collaboration avec des intervenants médicaux et sociaux.
Cette approche a permis:
 Aux femmes à risque de recevoir des soins complets, avec des examens réguliers pour déceler les signes de problèmes, et de réduire leur stress physique en cessant de travailler et en convainquant leur mari et leur famille de partager les responsabilités de la maison
 À une sage-femme spécialisée de suivre les femmes à risque chez elles chaque semaine et de référer les cas plus complexes à l’hôpital.

Les résultats à l’échelle nationale ont révélé une baisse des naissances prématurées, dont le taux est passé de 8,2% en 1972 à 5,6% en 1981 (Papiernik et al., 1985, 1986).

Programme de visites à domicile au profit des mères d’enfants à risque

Au cours des trois premières années de vie de l’enfant, les programmes de soutien à domicile se prêtent bien à la lutte contre les abus et à la protection des enfants dans les familles à haut risque. À ce stade, les parents sans expérience et ceux qui ne bénéficient pas d’un réseau de soutien acceptent souvent l’aide fournie par l’intermédiaire de programmes de visites à domiciles, ou ont recours à des centres de jour communautaires spécialisés dans le développement de l’enfant et l’éducation familiale. L’appui qu’ils obtiennent ainsi leur permet de découvrir leurs propres capacités, de combattre leur isolement et d’apprendre à répondre aux besoins de leur bébé et aux leurs. De tels programmes permettent aussi de déceler les besoins spéciaux des enfants et, selon les cas, d’y répondre en proposant et en facilitant l’orientation des familles vers les services capables d’effectuer les évaluations complètes qui s’imposent. Ils comportent aussi parfois des services de garde de haute qualité, des fonctions spécialisées et des soins de relève pour les parents dont les enfant sont des besoins spéciaux. Deux de ces programme (dans l’État de New York et en Ontario) font l’objet des descriptions ci-dessous.

Projets de soins prénatals et petite enfance (État de New York)

Ce programme d’éducation à domicile, qui a été administré par des infirmières pendant plus de deux ans, visait à combattre l’usage de tabac, d’alcool et de drogues tout en encourageant une alimentation et un cycle de sommeil sains, une bonne préparation à la grossesse et à l’accouchement, une meilleure compréhension du développement humain, du tempérament et des besoins socio-affectifs et cognitifs des bébés, ainsi qu’un renforcement du réseau de soutien informel des femmes et l’élaboration de liens avec d’autres services.

On y a aussi entrepris des fonctions de dépistage des maladies et de contrôle du développement. Les infirmières ont rendu visite à des familles en moyenne huit fois au cours de la grossesse et 23 fois entre la naissance et le 2e anniversaire des bébés. L’aspect éducatif visant à combler les besoins de la mère représentait 83% du temps de visite.

Les résultats enregistrés ont révélé une réduction de la consommation de tabac par les mères, l’amélioration du cadre de vie au foyer et une meilleure utilisation des cours prénatals et des autres services. Les jeunes adolescentes et les fumeuses ont ainsi pris plus de poids pendant leur grossesse et ont donné naissance à des bébés plus gros. Les prestataires de ce programme sont restées plus proches du père de leur enfant, de leurs amis et de leur famille que les autres. Leurs bébés ont aussi obtenu de meilleurs résultats aux tests de développement normalisés (Bayley, 1969) et leur mère les ont décrits comme étant plus heureux et plus satisfaits. Enfin, les mères ayant reçu la visite d’une infirmière étaient moins portées à infliger de mauvais traitements à leurs enfants (Olds et al., 1986a, 1986b).

Staying on Track [Ontario]

Il s’agit d’un projet communautaire de dépistage et de référence rapide visant à suivre et à évaluer périodiquement tous les bébés nés dans une certaine région entre la naissance et l’âge de cinq ans et demi. Ce programme a été mis sur pied pour:

  • permettre à tous les enfants de la collectivité de réaliser leur plein développement physique, mental, émotif et social;
  • augmenter la connaissance des parents et des intervenantes en matière de santé;
  • permettre le dépistage précoce des désordres visuels et de communication qui pourraient nuire à la scolarité des enfants.

Des infirmières hygiénistes ont rendu visite aux familles à leur domicile pour observer les relations entre parents et enfants lorsque ces derniers avaient entre un et six mois. D’autres données ont aussi été recueillies sur le développement de l’enfant, les facteurs parentaux et les questions socio-démographiques par l’intermédiaire de questionnaires distribués dans les cliniques de santé publique et les écoles tous les ans de l’âge de un an et demi à cinq ans et demi. En plus de dépister et d’évaluer les cas, les infirmières ont aidé les parents dont les enfants avaient des troubles de développement et ont offert aux parents des renseignements utiles sur la façon de s’occuper de bébés et d’enfants d’âge préscolaire.

Lorsque des problèmes majeurs ont été décelés, les familles ont pu compter sur des services supplémentaires: visites de suivi, orientation vers les organismes locaux appropriés, appels téléphoniques, visites ou aide pour les problèmes d’alimentation, de dépression, de manque de ressources, d’abus, de tensions ou de conflits familiaux ou de couple.

Le programme a mis au jour une proportion étonnamment élevée (22%) de mères déprimées après la naissance d’un enfant. Un nombre important de mères ne se sentaient pas appuyées par leur partenaire au moment de la naissance, et 29% se trouvaient accablées par leur bébé. Les chercheurs révèlent que plus les familles ont continué de participer au programme, plus se sont améliorés le développement de l’enfant, les relations parents-enfants et le sentiment de compétence des parents (Landy et al., 1994).

Importance de la qualité des soins et de l’éducation

La prestation de soins et d’une éducation de la petite enfance de haute qualité s’est révélée l’une des meilleures garanties de réussite pour les enfants issus de familles très défavorisées (Doherty, 1991). Lorsqu’ils sont de piètre qualité, les services de garde ont le même effet qu’auraient de mauvais parents; ils nuisent tellement au développement des enfants que même les meilleurs parents ne parviendraient pas à rééquilibrer entièrement l’équation. Pour cette raison, la prestation de soins et d’une éducation abordable, de haute qualité et adéquate pour tous les enfants canadiens représenterait l’un des meilleurs moyens qu’aurait notre société de rehausser la force de nos enfants.

Répercussions en matière d’élaboration de politiques

Les programmes et interventions constituent une première étape pour répondre aux besoins complexes et variés des jeunes enfants et des familles à risque. Divers modèles peuvent plus ou moins bien satisfaire certains besoins. Il est évident qu’un système d’aide cohérent, régulier et à long terme est plus efficace, surtout lorsqu’il est taillé sur mesure en fonction des familles.

Cependant, de simples programmes ne peuvent pas éliminer les menaces contre la santé, la santé mentale, la compétence et la productivité futures des enfants canadiens dont le potentiel est compromis par des désordres psychiatriques, des échecs scolaires, ainsi que des comportements antisociaux ou violents. Tant et aussi longtemps que nous manquons à notre devoir d’aider les familles vulnérables à répondre aux besoins des enfants, les enfants et la société canadienne feront les frais. Des changements s’imposent au niveau des politiques à tous les échelons du gouvernement de façon à protéger le potentiel de récupération et de force d’un grand nombre d’enfants dont les perspectives et la productivité seraient autrement ruinées.

Le potentiel de développement de la force psychologique des enfants peut encore être renforcé par la réduction des risques (pauvreté, violence familiale, tempérament difficile) ou par le rehaussement des facteurs de protection (appui au développement d’un lien de sécurité, adhésion à un groupe familial plein d’affection au sein d’une collectivité cohésive). Il serait malheureux de prendre la force innée des enfants pour acquis et de s’en servir pour justifier une réponse sociétale inadéquate à l’abus et à la négligence, ou même aux conditions qui nuisent aux familles vulnérables. Cela n’aurait comme conséquence que d’augmenter le risque de négligence et d’abus. Tous les enfants ne sont pas capables de tolérer de la même façon un stress soutenu. Pour cette raison, il nous incombe, en tant que société, de faire tout en notre possible pour rendre disponibles à toutes les familles qui en ont besoin les mesures d’aide qui permettront au plus grand nombre d’enfants d’acquérir la force nécessaire pour leur développement. En même temps, nous ne devons jamais oublier que peu d’enfants ont vraiment la force nécessaire pour survivre à une exposition prolongée à des abus et à une négligence fréquents, répétés et graves. 

Le Dr Paul D. Steinhauer, FRCPC, est professeur de psychiatrie et de santé publique à l’Université de Toronto, psychiatre titulaire à l’Hospital for Sick Children et président du comité directeur de la Sparrow Lake Alliance. Le cadre de travail de la présente discussion a été présenté dans l’article «L’influence de l’expérience en bas âge sur le développement de l’enfant», publié dans le numéro du printemps 1999 d’Interaction. Les passages ci-dessus sont tirées du document «Developing Resiliency in Children from Disadvantaged Populations», commandé par le Forum national sur la santé (1998). Une bibliographie exhaustive, qui comprend les références citées ici, accompagne la discussion complète dans le cadre du Forum national sur la santé, disponible aux Éditions MultiMondes, 930 rue Pouliot, Sainte-Foy (Québec), G1V 3N9.

Cet article a d’abord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance à l’été 1999.

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