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Marie-Claude Roy
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Bien que les grands-parents soient perçus comme des gens qui aiment gâter leurs petits-enfants, il existe parfois entre ces deux générations un lien indéfectible que rien ni personne ne saurait briser. Les témoignages qui suivent, celui d’une petite-fille et celui d’une grand-maman, vous permettront de découvrir à quel point les grands-parents sont un véritable cadeau de la vie.
Comme de vrais parents
Les parents de Geneviève se sont séparés alors que la fillette n’était âgée que de quelques mois. À la suite du départ de sa conjointe, le père de Geneviève se retrouva seul à élever son enfant. Puisqu’il devait continuer à gagner sa vie, donc à s’absenter, la petite Geneviève fut confiée à ses grands-parents paternels. Pendant quelques années, l’enfant, son père et ses grands-parents vécurent sous le même toit. Sans le vouloir, les grands-parents de Geneviève avaient remplacé ses propres parents.
«Je n’ai aucun souvenir de ma mère, confie l’adolescente de 17 ans. Et en ce qui concerne mon père, c’est vague. Par contre, je me souviens bien de mes grands-parents. Il se sont toujours occupés de moi.»
Lorsque Geneviève eut 5 ans, son père se remaria et décida d’amener sa fille vivre avec lui et sa nouvelle conjointe dans une autre ville. «Cette période de ma vie a été pour moi une déchirure. Je ne voudrais pour rien au monde repasser par là. C’est comme si on m’avait arrachée à mes parents pour ensuite m’adopter. Je ne connaissais pas tellement mon père et je n’étais pas à l’aise avec ma belle-mère. Mon père a cru que je me serais habituée à cette situation, mais ce fut le contraire. J’en veux encore à mon père de m’avoir fait vivre cela.»
Quant à la mère de Geneviève, elle ne donna pas signe de vie pendant quelques années. À l’école, la petite pleurait souvent en disant qu’elle s’ennuyait de ses grands-parents. Évidemment, les enfants de son âge se moquaient d’elle. Ils ne comprenaient pas ce qu’elle vivait.
Environ deux ans plus tard, le père de Geneviève retourna dans sa ville natale avec sa petite famille. «J’étais tellement heureuse de vivre près de ma grand-mère et de mon grand-père», se souvient-elle avec joie. Au fil des ans, même si Geneviève ne demeurait plus sous le même toit que ses grands-parents, elle a toujours été très près d’eux. Récemment, son grand-père est décédé et ce fut pour Geneviève une très grande perte.
«Les gens me demandaient : Pourquoi as-tu autant de peine? C’est ton grand-père qui est décédé et non ton père.» Justement, dit Geneviève, mon grand-père était pour moi mon véritable père. J’ai tellement de beaux souvenirs de lui. J’aime bien mon père, mais il est davantage un frère pour moi. Je l’appelle papa seulement pour les apparences.»
Pour ce qui est de Geneviève et de sa grand-mère, elles sont très proches l’une de l’autre. «Je me confie beaucoup à ma grand-mère. Elle connaît tout de moi, que ce soit mes études, les gens que j’aime et ceux que je n’aime pas, ce qui va bien et ce qui va mal. C’est toujours à elle que je raconte mes joies et mes peines. Elle est ouverte avec moi et me dit les vraies choses.»
Geneviève se considère comme très privilégiée d’avoir eu des grands-parents qui se sont occupé d’elle dès son plus jeune âge. «J’ai été très gâtée. J’aimerais que les gens de mon entourage, en particulier mon père, comprennent que des liens se sont créés entre mes grands-parents et moi. Ce sont des liens très forts et très solides. Si mes grands-parents n’avaient pas été là, j’ignore quelle sorte de personne je serais devenue.»
Au cours des dernières années, la mère de l’adolescente a tenté d’établir un lien avec sa fille. Cependant, elle a vite compris que Geneviève la considère comme une mère-porteuse. «Je lui rends visite deux fois par année. Je me sens bouleversée lorsque je la rencontre. J’ai beau me dire que cette femme est ma mère et qu’elle m’a donné la vie, je demeure timide avec elle. C’est par politesse que je vais la voir. Je ne voudrais surtout pas lui faire de peine. C’est malheureux, mais je n’ai aucun lien avec elle.»
Geneviève admet aussi qu’elle n’en veut pas à sa mère de ne pas avoir été présente au cours de son enfance. «Lorsqu’il y a un divorce, poursuit-elle, c’est la faute de deux personnes et non d’une seule. Ma mère m’a expliqué les raisons de son départ et je la respecte.»
En ce qui concerne la relation de Geneviève avec sa belle-mère, elle se veut amicale. «Elle est demeurée discrète et n’a pas tenté de prendre la place de ma mère. C’est une bonne personne. Elle a eu trois enfants de son union avec mon père. Même si ma belle-mère et mon père ont tout fait en leur pouvoir pour m’intégrer à la famille, je me suis toujours sentie à part. Mon père a eu une première vie et par la suite, il a refait sa vie et j’ai été obligée de le suivre. Je me sens plus à l’aise avec mon cousin que je ne peux l’être avec mes demi-sœurs et mon demi-frère.»
D’ici quelques années, Geneviève quittera la maison familiale pour aller vivre en appartement. «Devinez à qui je vais téléphoner régulièrement?, conclut la jeune fille en souriant. Ma grand-mère, bien sûr.»
Une grand-maman choyée
Thérèse est grand-mère de sept petits-enfants. Il y a quelque temps, elle a eu la chance de vivre des moments très privilégiés avec deux de ses petites-filles. En fait, elle a joué à la babysitter pendant trois ans.
«Grâce à Mariska et Andréanne, j’ai apprivoisé un tas de choses, dit-elle. La nature, par exemple. Nous ne passions pas une journée sans aller dehors. Lorsque Mariska n’avait que trois ou quatre ans, elle était enchantée de regarder les oiseaux. Elle désirait les flatter et les prendre dans ses mains. Elle leur parlait aussi. Ça m’émerveillait de la voir agir ainsi.»
Thérèse et ses petites-filles ont pratiqué plusieurs activités ensemble comme la danse, l’heure du conte à la bibliothèque, regarder des films, faire de longues promenades. Elles ont aussi parlé de plusieurs sujets comme la vie, la mort et même les anges. La grand-maman se souvient d’un soir où elle lisait un livre sur les anges. Andréanne, alors âgée de sept ans, vint s’asseoir près d’elle et lui demanda ce qu’est un ange. «Je lui ai répondu que nous avons tous un ange, mais que nous ne le voyons pas, d’expliquer Thérèse. Quelquefois, lorsqu’on veut faire une action mais qu’une petite voix dans notre cœur nous dit «Non, ne fais pas cela», c’est notre ange gardien qui nous parle. Andréanne a rétorqué: «Autrement dit, c’est comme ma conscience.» J’ai été tellement surprise que ma petite-fille fasse cette remarque.»
Avec le temps, une grande complicité s’est installée entre Thérèse et ses petites-filles. Celles-ci ressentaient d’ailleurs beaucoup les émotions de leur grand-mère. Les journées où elle se sentait triste, les fillettes lui disaient: «Qu’est-ce que tu as grand-maman? Tu ne souris pas aujourd’hui.»
«Je me souviens d’avoir fait plusieurs activités avec mes enfants, précise-t-elle, mais j’étais trimballée par la vie quotidienne. Je n’avais pas le temps de m’attarder. Je rends visite à tous mes petits-enfants assez régulièrement et parfois on se téléphone. Mon rêve serait de faire quelques chose spécialement avec eux. Peut-être un voyage?»
Thérèse aime tous ses petits-enfants. En les regardant, elle retrouve en eux des traits de caractères de ses propres enfants. «Être grand-mère, c’est une gâterie, remarque-t-elle. Le plus merveilleux, c’est que mes petits-enfants m’ont appris à ne pas m’en faire avec la vie. Un enfant vit une journée à la fois et ne s’inquiète pas du lendemain. Même si j’ai plus de vécu que mes petits-enfants, ils continuent de m’émerveiller et de m’apprendre de belles choses de la vie.»
Être grand-parent est sans aucun doute une richesse inestimable. Dans un cas comme dans l’autre, grands-parents et petits-enfants s’enrichissent à se côtoyer, à se soutenir, à échanger sur les grandes questions existentielles. Qui a dit que le fossé des générations sépare les êtres humains?
Ce texte a été publié dans le magazine Junior, numéro avril-mai 1999.
