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Bâtir aujourd'hui des souvenirs heureux pour demain

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : Bâtir aujourd'hui des souvenirs heureux pour demain

Aïcha Van Dun

Au cours de notre vie, nous accumulons toutes sortes d’expériences. Ces expériences sont représentées au niveau neurologique sous forme d’images, de sons, de sensations, d’odeurs, de goûts. La programmation neurolinguistique appelle cela des ancres. Une ancre ramène donc automatiquement au niveau conscient un souvenir enfoui dans la mémoire et l’émotion (agréable ou non) qui lui était associé.

Ancre visuelle (un geste, un objet, une expression faciale ou toute autre image)

À la simple vue d’un sapin de Noël, Serge revit pleinement le passé. Le voilà en présence de son père, dans la forêt boréale odorante, en train de choisir avec bonheur l’arbre qui illuminera la maison familiale.

Ancre auditive (une chanson, un mot, une intonation particulière ou tout autre son)

Peu importe où elle se trouve, chaque fois que Jeanne entend la pièce «Sainte Nuit», son estomac se noue. Elle a de nouveau huit ans et se sent paralysée par la peur de déplaire, sous le regard dur de son père qui exige d’elle qu’elle exhibe son talent de pianiste devant la famille élargie.

Ancre kinesthésique (tous les contacts physiques)

Quand Robert était étudiant et qu’il rendait visite à son père, à l’occasion des Fêtes, après avoir fait une longue route en voiture, son père l’accueillait toujours de la même manière, en lui donnant de larges tapes dans le dos. Aujourd’hui, dès qu’un ami ou un collègue pose le même geste que le père de Robert en guise d’accueil, Robert se sent heureux. La joie d’être ainsi entouré l’emporte automatiquement sur toutes ses préoccupations du moment.

Ancre olfactive (parfums, odeurs)

Chaque année, Martine est reçue chez ses parents pour le réveillon. Chaque année, sa mère porte le même parfum, son parfum des «grandes occasions». En embrassant sa mère, Martine redevient, l’espace d’un instant, la fillette admirative qu’elle était, enfant, au moment où sa mère s’endimanchait pour la fête.

Ancre gustative (goûts)

Petite, quelques jours avant Noël, Isabelle préparait des bûches de Noël avec sa grand-mère maternelle. Cette dernière lui faisait alors l’honneur de lui faire goûter un morceau du dessert festif avant tout le monde. Encore aujourd’hui, chaque fois qu’un morceau de bûche touche son palais, Isabelle ressent l’amour débordant de sa grand-maman.

Comment favoriser la création d’ancres positives?

Généralement, les ancres se mettent en place inconsciemment, mais elles peuvent aussi être créées délibérément. Appelé «ancrage», ce processus est un outil méconnu des parents et pourtant fort utile.

Un bon moyen de favoriser la création d’ancres positives est de faire une place de choix aux rituels familiaux durant la période des Fêtes. Les rituels (tradition des bas de Noël, jeux de société au cours de la matinée du 25 décembre ou sortie annuelle au théâtre, etc.) permettent entre autres de cimenter la relation parent(s)-enfant(s) tout en définissant la personnalité de la famille.

Lors de ces rituels, lorsque vous sentez que vos enfants vivent des émotions particulièrement agréables telles la joie, le plaisir ou la paix intérieure, pensez à marquer ces émotions en posant un même geste (ex. le fameux «high five»), en faisant entendre la même musique (ex. un disque de Noël rétro) ou en disant un même mot (c’est for-mi-da-ble!) au même moment chaque année. Comme une ancre qu’on jette à l’eau, vos enfants associeront les événements ou activités du temps des Fêtes à des états émotifs agréables. Le temps des Fêtes s’accompagne dans plusieurs familles québécoises de quelques jours de vacances bien mérités. Si tel est votre cas, voilà l’occasion par excellence de favoriser l’accumulation d’ancres positives. Vous aurez deviné que ces ancres deviendront pour vos enfants de mémorables souvenirs d’enfance.

Comment empêcher la création d’ancres négatives?

Certains parents, peut-être est-ce votre cas, ont hérité d’ancrage plus négatif. Bien souvent, ces personnes tenteront alors d’assurer à leurs enfants un temps des fêtes sans tache ni anicroche où les enfants ne vivraient aucune émotion désagréable. Selon la psychologue Rose-Marie Charest, ces parents auraient avantage à se méfier des images idylliques de Noël et à revoir leurs attentes en vérifiant ce qui importe réellement aux principaux intéressés.1 Cela dit, sachez qu’il est possible de «dissoudre» un ancrage négatif dont vous avez hérité. Voici deux moyens efficaces.

La modélisation de l’excellence
  1. Identifiez une ancre négative que vous ne voulez pas transmettre à vos enfants. Comme votre mère avant vous, vous n’aimez pas particulièrement cuisiner, vous considérez la préparation des repas comme une activité fastidieuse, une corvée qui vous ennuie et vous donne l’impression de perdre votre temps. De plus, vous ne cuisinez jamais avec vos enfants.
  2. Dénichez, dans votre entourage, une personne qui visiblement possède l’ancre positive que vous souhaitez transmettre à vos enfants. Trouvez une personne qui excelle dans la cuisine et qui prend vraiment plaisir à cuisiner en compagnie de ses enfants.
  3. Observez attentivement les comportements de cette personne. Ensuite, demandez-lui de vous livrer sa «recette» d’excellence, c’est-à-dire de vous expliquer ce qui la motive (ses valeurs) à cuisiner avec ses enfants et de vous donner ses stratégies.
  4. Au cours de la période des Fêtes, reproduisez les comportements de la personne observée et employez ses stratégies à plusieurs reprises. Demandez à vos enfants de collectionner pour vous des recettes alléchantes, ayez toujours votre liste d’épicerie à portée de main, mettez la musique préférée des enfants au moment de les inviter à cuisiner avec vous, cuisinez tôt le dimanche matin avec votre petit dernier, proposez à vos enfants de vous raconter leur meilleure blague tout en cuisinant, etc.

En somme, imiter une personne qui excelle dans ce qui vous fait défaut est un bon moyen d’enrayer une ancre négative dans le but d’empêcher sa transmission à vos enfants.

L’ancrage d’une ressource intérieure

Un autre bon moyen d’éviter la création d’une ancre négative chez vos enfants est de vous doter, grâce à l’ancrage, des ressources qui vous manquent dans une situation où vos réactions sont irréfléchies, machinales et problématiques.

  1. Identifiez une situation qui risque d’être problématique dans vos relations parent(s)-enfant(s) durant la période des Fêtes. Le retour du séjour de votre fille chez son père (situation de garde partagée) s’avère toujours problématique. En écoutant le compte rendu de votre fille, vous vous mettez automatiquement en colère contre son père.
  2. Déterminez une ressource intérieure dont vous aurez besoin pour faire face à cette situation que vous appréhendez. Le calme qui vous permettrait d’offrir une meilleure écoute à votre fille.
  3. Souvenez-vous d’une situation où vous possédiez cette ressource intérieure. Portez une attention particulière à ce que vous voyiez, entendiez, ressentiez à ce moment-là. Vous vous souvenez d’avoir été très calme, en pleine possession de vos moyens, lors d’une entrevue professionnelle. Vous vous voyez en tailleur bleu, vous entendez les remarques des membres du comité de sélection, vous revivez intensément ce «calme» intérieur exactement comme le jour de cette entrevue déterminante.
  4. Choisissez un objet, une image, un geste ou un mot qui vous rappellera instantanément la situation et la ressource en question. Rappelez-vous cet objet, cette image ou ce mot lorsque vous ferez face à la situation difficile que vous appréhendez. L’image de vous dans votre tailleur bleu (portez-le au besoin).
  5. Lorsque vous aurez besoin de la ressource intérieure ciblée, touchez l’objet, recréez l’image, faites le geste ou prononcez le mot et ramenez encore une fois à votre souvenir la situation où vous aviez facilement accès à la ressource intérieure recherchée. Associez la ressource à son ancre (objet, image, geste ou mot) à maintes reprises, jusqu’à ce que l’ancre ramène automatiquement la ressource. Recréez mentalement l’image de vous dans votre tailleur bleu ou enfilez votre tailleur bleu plusieurs fois.

Au fond, chaque parent possède en lui les ressources nécessaires pour permettre à son enfant d’accumuler des ancres positives, de bâtir aujourd’hui les souvenirs heureux de demain. Quand les ressources intérieures semblent faire défaut, c’est souvent que ces ressources sont temporairement inaccessibles parce qu’enfouies quelque part dans l’histoire personnelle du parent. Dans ce cas, un coach certifié en PNL peut apporter une aide précieuse au parent en lui enseignant, entre autres, comment utiliser l’ancrage pour passer plus facilement d’un état de non-ressource à un état-ressource.


Références
  • Dauray, Chantal. Réinventez vos cérémonies, fêtes et rituels, Stanké, Montréal, 2004, 356 p.
  • Ready, Romilla et Kate Burton. La PNL pour les nuls, Éditions First, Paris, 2006, 332 p.
  • Pina, Antoine et Danielle. Sources et ressources de la PNL, Intereditions, 1997, 285 p.

1 Charest, Rose-Marie. «Le Noël parfait ça n’existe pas!», Châtelaine, décembre 2007, p. 97 à 100.

Pour en connaître davantage sur notre collègue.

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