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Jacques Brodeur
Plusieurs parents protègent la peau de leurs enfants contre les rayons UV, les nourrissent daliments biologiques et de vitamines qui faciliteront leur croissance. Mais les protègent-ils de la télévision?
Les chercheurs connaissent depuis longtemps les dommages causés par la télévision sur les adolescents, mais moins détudes ont porté sur les bambins dun an. Le professeur Christakis, chercheur à lUniversité de Washington, a découvert que lexposition denfants de moins de trois ans à la télévision accroît leurs risques de développer des problèmes de lattention à sept ans.[1] Létude a été rapportée par la revue Pediatrics dans son édition davril 2004.
On estime quentre 4 et 12% des enfants dAmérique du Nord sont affectés par le trouble du déficit de lattention/hyperactivité (TDAH). On a dabord cru que le déficit avait été créé par les compagnies pharmaceutiques pour vendre du Ritalin ou que ce dernier était une panacée. Cependant, lInstitut londonien de psychiatrie a démontré que le déficit avait un fondement biologique. Chez lenfant affecté, les régions du cerveau qui servent à contrôler ses impulsions restent inactives.[2] En vieillissant, les garçons atteints du TDAH courent quatre fois plus de risques de développer une maladie mentale.
Plusieurs parents peuvent penser que leur enfant est né ainsi, mais doivent savoir que lenvironnement joue un rôle déterminant dans le développement du trouble. On peut être né avec des prédispositions mais un environnement sain pourrait contrer son éclosion. Or, certaines expériences vécues par le bambin feront obstacle au développement de son cerveau et on sait maintenant que lexposition à la télévision compte au nombre de ces expériences négatives.
Près du tiers des enfants de moins de deux ans ont un téléviseur dans leur chambre et plus du tiers le gardent ouvert en permanence.[3] Le professeur Christakis et son équipe ont scruté les données dun sondage mené auprès de 1 300 enfants. Il a vérifié si le temps dexposition à la télévision durant les trois premières années de leur vie entraînait des séquelles sur la fréquence des troubles de lattention à sept ans. Et les résultats de létude sont concluants. Pour chaque heure dexposition à la télévision, les risques augmentent de 10%. En dautres mots, un enfant de trois ans qui regarde la télévision huit heures par jour présente 80% plus de risques de développer des troubles de lattention que celui qui ne la regarde pas. Létude révèle que le petit Américain dun an est exposé à une moyenne de deux heures de télévision par jour et que cette exposition passe à trois heures et demie chez lenfant de trois ans.
L'American Academy of Pediatrics suggère que les enfants de moins de deux ans ne regardent pas la télé et la Société canadienne de pédiatrie recommande que les enfants dâge préscolaire ne lécoutent quun maximum d'une heure par jour.
Les chercheurs tentent maintenant de comprendre le processus par lequel le cerveau se trouve affecté. Lexplication la plus plausible pointe vers la succession rapide des images.[4] Dans la vie, les images ne défilent pas à cette vitesse. Ce ne sont pas seulement les émissions violentes ou vulgaires qui sont en cause car même lorsque leur contenu est socialement sain, la presque totalité des émissions utilisent la succession rapide des images pour conserver lattention des enfants.
Les motifs pour garder les enfants loin de la télévision ne manquent pas. Plus dun millier détudes arrivent aux mêmes conclusions. La télévision rend agressif, favorise lobésité et la sédentarité.[5] Voilà maintenant quelle les prédisposerait aux problèmes de lattention. Toute télévision est-elle à proscrire? On dirait bien que oui. Du moins, jusquà trois ans.
[1] Dr. Dimitri Christakis, Université de Washington, Seattle. Dr Christakis est pédiatre à lHôpital pour enfants et au Centre médical régional de Seattle. Cité par E.J. Mundell, avril 2004. http://www.healthcentral.com/newsdetail/408/518206.html
[2] Description du processus selon lequel la télévision nuit au développement du jeune cerveau.
[3] Kaiser Family Foundation. Aux États-Unis, 30% des enfants de moins de 2 ans ont un récepteur télévision dans leur chambre. 36% gardent la télévision ouverte tout le temps.
[4] La télévision nuit au développement du lobe frontal, réduit notre capacité de contrôler nos impulsions et accroît les risques de comportements antisociaux. La réduction du temps de télévision devrait constituer une priorité de santé publique. Les risques pour la santé constituent «le plus grand scandale de notre époque». Dans son livre, «Remotely Controlled», le Dr Aric Sigman, membre de lInstitut Britannique de Biologie, explique pourquoi «les enfants de moins de 3 ans ne devraient PAS regarder la télévision. http://www.aricsigman.com/
[5] Marie Adèle Davis, Directrice exécutive de la Société canadienne de pédiatrie affirme: «Les impacts (de la télévision) sur la santé peuvent être profonds. Elle affecte les choix de style de vie et les attitudes, elle favorise la sédentarité, une pauvre alimentation, lobésité, une faible image de soi et une piètre estime de soi, en plus dinciter à des comportements sexuels à risques. La Société canadienne de pédiatrie a depuis longtemps associé les médias à la santé.» Ottawa, 10 avril, 2003.
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