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Marie France Versailles
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«On nous avait dit que c'était difficile de passer de deux à trois enfants. Chez nous, ce le fut particulièrement: la troisième naissance nous a amené des jumeaux! Les aînés, 8 et 6 ans, ont été bousculés, délaissés Je n'avais presque plus aucune disponibilité pour eux. Au retour de l'école, ils voulaient raconter, et j'étais toujours interrompue. Après environ six mois, nous avons retrouvé un rythme plus normal. C'est à ce moment-là que mon bonhomme de 6 ans est devenu très difficile, surtout avec moi.»
«La naissance de Matthieu a beaucoup changé notre couple. Nous avions eu pendant quatre ans un vie très libre. Depuis que Matthieu est là, j'ai tout centré sur lui. Je n'ai plus envie de sortir. Mon mari ne comprend pas. Il trouve que nous pourrions reprendre la vie d'avant, faire appel à une baby-sitter. Nous ne sommes plus sur la même longueur d'onde. Il s'occupe de moins en moins du petit. Lui en veut-il?»
«Mon fils avait très bien accepté la naissance de son frère. C'est maintenant que ça ne va plus. Le petit marche, touche à tout, prend ses affaires, piétine ses jeux Cela fait des scènes, des pleurs, des hurlements. Il adore son petit frère, mais ne le supporte pas!»
«Mes filles partagent la même chambre parce que la maison n'est pas grande. Parfois, elles s'entendent bien, bavardent, jouent ensemble. Parfois, elles se disputent. C'est surtout la plus jeune qui est jalouse de la grande, parce qu'elle a un bureau pour ses devoirs, parce qu'elle se couche plus tard S'il n'y a pas de raisons, elle en invente.»
Côté parents
Aurai-je le cur assez large?
«J'attends un second. J'ai peur que le premier se sente trahi, abandonné. Que faire pour qu'il ne soit pas malheureux et jaloux?»
«J'attends un second. J'ai peur de ne pas l'aimer autant que j'aime le premier. Est-ce possible d'aimer deux enfants avec autant d'intensité? Je ne voudrais pas que le petit souffre et soit malheureux.»
«J'attends un second. Mon premier enfant me comble de bonheur. Mais je ne veux pas qu'elle soit enfant unique. C'est pour elle, pour qu'elle ait une famille, nous avons voulu le deuxième.»
Côté mômes
J'ai peur de perdre ma situation
«Si ma mère a voulu un autre garçon (une autre fille), c'est qu'elle n'était pas contente de moi Si ma mère a voulu un autre enfant, c'est qu'elle m'aime moins. Tout allait si bien pourtant »
«Ma maman dit que je suis son petit bébé en sucre.
Ma maman dit que je suis son petit agneau.
Ma maman dit que je suis absolument parfait
Comme je suis.
Ma maman dit que je suis un petit bonhomme
Super spécial merveilleux génial.
Ma maman vient d'avoir un autre bébé.
Pourquoi?»
(Judith Viorst, Les renoncements nécessaires, R. Laffont)
«Il n'y en a plus que pour ce bébé. Il peut se mouiller, brailler, interrompre le feuilleton de la télé, alors que moi, je devrais attendre, comprendre, »
Aucun enfant n'échappe à la frustration que produit la présence des frères et surs. Certains le montrent plus que d'autres. Dès l'annonce d'une grossesse ou plus tard, quand on ne s'y attend plus, quand on ne l'identifie plus, au moment où le petit nouveau va partout et touche à tout.
On nous a reproché d'être jaloux quand nous étions enfants. On nous a répété que c'était un «vilain» sentiment. Nous imaginons que nous serons plus subtils, plus aimants que nos parents, que nous parviendrons à éviter cette souffrance à nos enfants. C'est notre projet qui s'écroule quand ils se jalousent.
Il semble pourtant que c'est l'enfant qui ne s'y sent pas obligé qui aime le mieux son frère ou sa sur
Il est impossible d'éviter la jalousie. Peut-être même n'est-ce pas souhaitable? Tout au long, la vie sera faite d'amour, d'alliances, de conflits, d'attachements et de départs, de pertes, de renoncements. Dans la rencontre avec cet envahisseur, frère ou sur, si différent et si proche, dans le partage obligatoire de ce qui faisait tout son univers, l'enfant découvre la réalité. On n'est pas seul à boire à la source. Il faudra faire avec.
Quand on aime, on prend des risques
On parle de jalousie à l'occasion de la naissance d'un second enfant. Mais elle attend rarement cet heureux événement pour planter sa dent dans les relations familiales.
Pendant la grossesse, lorsque le premier-né paraît, que ressent l'homme qui doit partager sa compagne avec le tout-petit dépendant et envahissant? Que ressent la femme qui voit le père fondre devant les mimiques enjôleuses du petit? Qu'éprouvent-ils quand les grands-parents, par une réflexion maladroite, comparent leur cher trésor avec le petit cousin?
Quand ramène-t-on le bébé à l'hôpital?
Souhaitez-vous attiser les jalousies fraternelles? Les recettes ne manquent pas!
· Comparer
«Regarde ton petit frère: il est toujours content, lui!»
«Comme ce petit est en avance! Il est plus beau, plus grand, plus intelligent que le premier au même âge."
· Se moquer
«Oh là là, grand comme tu es, tu veux encore un câlin (un biberon, un doudou, un lange
) comme un bébé
»
«Savez-vous que ce grand garçon (cette grande fille) refait pipi au lit?»
· Faire des reproches
«Comme c'est vilain d'être jaloux. Tu devrais avoir honte. C'est ton frère, tu dois l'aimer.»
«Tais-toi. Ne fais pas de bruit. Va dans ta chambre. Chuut: le bébé dort
Tu vas encore me le réveiller! Etc.»
· Intervenir
Dès que l'aîné s'approche du berceau: «Attention
!», ou des jouets du petit: «Laisse, tu vas les abîmer!»
et tout permettre au cadet «parce qu'il est si petit et si mignon».
· Manquer de tact
L'inscrire à l'école au moment de la naissance du suivant. Attendre ce moment pour lui acheter un grand lit et donner le sien au petit. Oublier d'organiser son accueil dans la famille ou chez des amis qu'il connaît bien, pendant le séjour en maternité, s'il ne peut rester avec son père.
· Faire des secrets
Préparer en cachette berceau et layette. Laisser le mystère gonfler le ventre maternel. Parler du bébé entre soi et se taire quand l'aîné approche. Ne pas lui laisser le temps de se faire à l'idée...
· Voir de la jalousie partout
Les relations fraternelles ont des hauts et des bas, c'est bien connu. Voir de la jalousie dans chaque dispute, c'est peut-être la provoquer.
· Faire peser le joug sur l'aîné
«Tu es grand, toi. Tu devrais prêter tes jouets. Tu devrais surveiller le petit, l'empêcher de se faire mal, l'empêcher de faire des bêtises. Tu devrais ranger, ramasser, laver ce qu'il a dérangé.»
Parler de la jalousie, c'est parler d'amour
Nous avons tous démarré dans la vie avec l'illusion de former avec notre mère une bulle de sécurité définitive. Découvrir que d'autres (le père, le bébé ou les grands) ont des droits aussi et des attentes égales par rapport à elle, à son amour, à sa disponibilité, c'est découvrir la jalousie. Et la souffrance de la perte.
Même quand les parents veillent affectueusement à donner à chacun ce dont il a besoin, la présence de l'autre parent et des frères et surs interdit à jamais le rêve de tout posséder. Premier renoncement, inévitable. La manière dont un enfant le vit influencera la façon dont il affrontera au long de sa vie toutes les pertes, toutes les déceptions, tous les deuils: dans la colère, la résignation ou la confiance.
Si la présence d'un frère ou d'une sur prive chaque enfant de son monopole, elle lui offre un partenaire.
Accepter que l'amour maternel soit co-propriété, n'est-ce pas découvrir aussi la solidarité, l'attachement mutuel?
Ce texte a été publié par La Ligue des Familles de Belgique dans son édition Le Ligueur du 2 mai 2001.