Bienvenue sur PetitMonde.com. Aller directement à la navigation, au contenu ou à la recherche.
Note importante : Si vous voyez ce message, c'est que votre fureteur ne supporte pas la nouvelle feuille de style (CSS) de PetitMonde.com ou qu'il n'est pas conforme aux normes du World Wide Web Consortium (W3C). Ses menus et tout son contenu demeurent accessibles mais la présentation visuelle se trouve affectée. Voir dans « À propos du site » pour plus d'information sur l'accessibilité.
Isabelle Pauzé
| «La fidélité, c’est quand l’amour est plus fort que l’instinct» |
| Paul Carvel |
|
En cette ère de consommation effrénée, les valeurs familiales ont parfois tendance à dégringoler dans l’échelle des priorités. Depuis deux décennies, nombreux sont ceux qui accumulent les unions comme des repas surgelés et apprennent à dire «je te quitte» avant même de prononcer de vrais «je t’aime».
Au milieu de ce tango de couples qui se forment et se déforment en moins de temps qu’il n’en faut pour crier «mariage !», qu’en est-il de la fidélité, cette valeur fondamentale qui a alimenté des milliers de liens durant de nombreuses décennies et qui a été, dans la foulée de mouvements sociaux, reléguée aux oubliettes? Les couples d’aujourd’hui la considèrent-ils encore comme une priorité? Par ailleurs, la présence d’enfants dans la maison rend-elle plus dociles les féroces démons matrimoniaux? Et à notre époque, qui prône la communication à tout crin, doit-on expliquer à notre marmaille les écarts de maman ou de papa, qui, pour une nuit ou durant plusieurs mois, sont allés voir la couleur de l’herbe chez le voisin? Réflexion d’actualité sur un phénomène pas nécessairement plus courant qu’auparavant, mais qui fait nettement plus de bruit dans les chaumières...
Une valeur dans l’air du temps
Le dictionnaire définit la fidélité comme «une constance dans les sentiments, dans l’attachement». Aujourd’hui, plusieurs couples considèrent la fidélité comme un gage d’amour, une preuve irréfutable du contrat implicite signé entre deux êtres humains (en toutes lettres ou non) et qui montre hors de tout doute que l’union est forte et faite pour durer. D’ailleurs, cette valeur, si longtemps considérée comme primordiale et qui a par la suite perdu du galon, regagne nettement en popularité.
«La fidélité est comme un ancrage, comme un pilier dans une relation amoureuse, explique Anne Brazeau, psychothérapeute. En ce sens, il est certain que la plupart des couples la voient comme une valeur primordiale, au même titre que l’honnêteté et la communication.» La psychothérapeute Louise Couture abonde dans le même sens: «La fidélité, encore aujourd’hui, est fortement désirée tant par les hommes que par les femmes. La plupart des couples aspirent à une union riche et exclusive. Ils y rattachent une question de respect, d’intégrité et d’authenticité.» Pour Élise Bourque, psychothérapeute et sexologue clinicienne: «Même si la fidélité est souvent implicite, même si les couples en parlent peu comme tel, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une valeur fondamentale pour la grande majorité d’entre eux.»
Par ailleurs, comme on se le décrit dans l’imaginaire collectif, mesdames expriment plus volontairement que messieurs leur désir de stabilité et de fidélité. Mais il s’agit, selon tous les experts consultés, d’un aspect extrêmement important tant pour les hommes que pour leurs amoureuses.
Quand le duo devient un trio
|
L’arrivée d’un petit trésor dans une maison (et tous les chambardements qui s’ensuivent inévitablement) peuvent solidifier le couple qui a bien mûri son projet et ébranler celui qui n’avait peut-être pas les bases suffisamment solides pour supporter le choc d’une telle nouveauté. Dans tous les cas, reconnaissent les spécialistes, la naissance d’un rejeton est un événement qui change considérablement l’existence. En plus du grand bonheur que représente une naissance, c’est aussi l’occasion d’accrochages nombreux, de frictions et d’insatisfactions qui n’existaient pas quand les parents étaient encore des amoureux. Le succès de cette aventure dépend de la capacité des couples à gérer cette transformation majeure et à vivre ensemble ces nouvelles adaptations.
De plus, il peut arriver que des personnalités disons papillonnantes s’assagissent quand le couple devient une famille. Les hommes et les femmes qui avaient tendance à s’adonner à de petits écarts extra-conjugaux veulent souvent, quand leur héritier se pointe le bout du nez, investir dans la vie de famille, se concentrer sur cette responsabilité toute neuve et combien enrichissante et délaissent, du même coup, leurs appétits libertaires. Leur attachement à leur marmaille renforce ainsi chez eux leur volonté de préserver l’unité de la famille et ils trouvent un intérêt nouveau à faire durer leur relation de couple. En ce sens, ils y penseront deux fois avant d’aller voir ailleurs.
«La famille est souvent perçue comme une entité plus profonde, comme un contrat encore plus significatif que le couple, précise Anne Brazeau. De ce fait, il peut arriver que certains individus aux tendances libertaires deviennent moins volages lors de l’arrivée d’un enfant.» De plus, comme le souligne Élise Bourque: «Les parents réfléchissent davantage avant d’être infidèles parce qu’ils sont conscients de leurs responsabilités, qui dépassent celles du couple, et qu’ils souhaitent prendre une part active, s’investir réellement dans l’éducation de leurs enfants.»
Se parler pour se rejoindre
Mais ce n’est pas toujours le cas. Il peut arriver, par exemple, que la distance entre la façon de considérer leur rôle diffère tant entre les parents, que le choc des deux systèmes de valeurs soit si grand et que l’écart entre ce qu’ils étaient avant et après l’arrivée de bébé soit si profond qu’ils aient du mal à se rejoindre.
Comme l’explique Louise Couture: «Il y a souvent des femmes qui s’investissent tellement dans leur rôle de mère qu’elles ne sont plus que des mères. Elles oublient qu’elles sont aussi des femmes, avec leurs besoins et leurs désirs de femmes. Cela peut créer un fossé dans le couple, puisque l’homme, dans ce cas-ci, se sentant délaissé, cherchera peut-être à trouver une solution à ses frustrations en dehors de la famille.»
«Ainsi, selon la spécialiste, le moyen de trouver un équilibre serein, quand arrivent les petits, c’est de garder en mémoire tous les rôles que les parents, qui ont d’abord été des amoureux, ont à jouer l’un envers l’autre: celui d’ami, d’amant et de confident, notamment. Et, on le dira jamais assez, la communication, principalement dans des moments importants comme ceux-là, est absolument essentielle.»
Sauter la clôture familiale
|
Dans nos sociétés occidentales, l’infidélité n’est plus aussi condamnable qu’auparavant. Différentes études menées en Amérique du Nord et en Europe indiquent d’ailleurs que sensiblement le même nombre de femmes que d'hommes seront infidèles au cours de leur existence. Pourtant, bien des gens font une distinction entre une aventure qui ne regarde que les deux adultes du couple et une liaison extra-conjugale qui survient au sein d’une famille. Les papas et les mamans infidèles sont-ils moins bien perçus que les amoureux sans enfants qui se permettent des incartades? Font-ils, en voguant dans d’autres eaux, quelque chose de plus répréhensible que les autres?
«Vivre en couple, c’est accepter de s’engager dans une relation de saine interdépendance, explique Louise Couture. Ainsi, quand le lien de confiance est brisé, par le biais d’une infidélité, une profonde blessure afflige la victime du mensonge, qui se sent attaquée dans sa valeur personnelle. Il faut cependant distinguer et comprendre différemment les messages que camouflent les différents types d’infidélité. Ainsi, une aventure d’un soir, question de se rassurer sur son potentiel de séduction, n’a pas la même signification qu’une double vie menée durant des mois, voire des années. Les effets entraînés par la révélation de ces deux genres d’incartades ne sont pas les mêmes non plus.»
Le plus souvent, la révélation de l’adultère est vécue comme un cataclysme. Il existe alors une grande blessure narcissique et un très fort sentiment de trahison, chez la personne trompée, qui peuvent perdurer longtemps et miner la relation du couple, et, par extension, de la famille. Souvent, les personnes victimes d’infidélité vont remettre en question bien sûr leur lien à l’autre, mais aussi l’image qu’elles se font d’elles-mêmes. Une image altérée et angoissante parce qu’on prend tout à coup conscience qu’on est faillible, qu’on n’est plus «tout» pour l’autre.
«Il peut arriver, explique Louise Couture, que des couples passent au travers l’orage de l’annonce d’une infidélité et en ressortent grandis. Ceux-ci arrivent, après la colère, la rancune et la détresse, à relancer leur union sur de nouvelles bases, à se choisir de nouveau. Il reste, bien sûr, presque toujours des cicatrices plus ou moins vives, mais ces personnes-là trouvent, dans leur union, des raisons suffisantes pour demeurer ensemble. La présence d’enfants peut constituer une de ces raisons.» Pour d’autres, le tremblement de terre engendré par une telle révélation aura raison du couple. Certains ne supporteront pas la cassure, la trahison, la confiance meurtrie et décideront de se quitter. Cela dépend avant tout de la solidité du lien amoureux qui existe entre deux personnes.
Le défi de durer
Mais pourquoi au juste est-on infidèle? Les spécialistes s’entendent pour dire que les motifs sont probablement aussi nombreux que les amoureux volages. La psychothérapeute Louise Couture explique: «L’être humain se définit à la fois par ses besoins et par ses désirs. Le besoin d’aimer et d’être aimé, le besoin de sécurité, le besoin de reconnaissance, notamment, font partie des éléments essentiels que nous devons combler pour être épanouis et équilibrés. Par ailleurs, les hommes et les femmes vivent également des pulsions qu’ils ont tout avantage à communiquer pour les combler et pour les vivre de la meilleure façon possible. Ainsi, lorsqu’une facette de la vie humaine est inexistante dans un couple, lorsque les désirs ou les besoins demeurent inassouvis, un vide peut survenir et entraîner des insatisfactions qui peuvent prendre plusieurs formes. L’une de ces manifestations est, justement, l’infidélité.»
On peut décider d’aller voir ailleurs parce que le désir entre les amoureux est émoussé, parce qu’on s’ennuie, que la vie manque de piquant, par besoin de changement aussi. Pour certains, l’infidélité répond à un besoin affectif. D’autres, pour qui la séduction est un jeu, sont constamment à la recherche de sensations fortes. Par ailleurs, certaines personnes ont besoin de séduire quelqu'un qu'elles admirent ou encore une personne qui a du pouvoir, pour se confirmer leur propre valeur. Et, comme l’explique Élise Bourque: «Admettre une infidélité, c’est faire éclater au grand jour une insatisfaction qui était latente, parce que l’infidélité vient justement remplir ce manque que l’autre ne parvient pas à combler.»
Démolir ou non l’image des héros
|
De l’avis des spécialistes interrogés, selon l’âge des enfants, il est important de leur expliquer, avec des mots appropriés, ce qui se passe entre leurs parents. Selon Louise Couture: «Il n’est jamais négatif de verbaliser ce que l’on vit. Mais on n’a pas à tout dire. Bien sûr, plus les enfants sont jeunes, plus il est facile de leur cacher le tremblement de terre qui sévit dans leur famille. Par contre, quand ils vieillissent, ils se rendent compte de la tension qui peut régner entre les adultes. À moins d’être complètement faux, les parents affectés par une telle tempête laisseront, même sans le vouloir, transparaître des émotions. Il est alors primordial, sans entrer dans les détails, qu’ils prennent le temps de tracer aux enfants un portrait de la situation.»
«On peut expliquer qu’un problème sérieux est survenu entre papa et maman, que cela ne concerne qu’eux et qu’ils vont prendre les moyens pour le régler. Pour le reste, on se contente de répondre aux questions qui surgissent en demeurant le plus authentique possible, sans impliquer les gamins dans les querelles des grands. Si la situation est mal exprimée, elle sera nécessairement mal gérée par l’enfant. Il risque alors d’être davantage insécurisé par les scénarios qu’il va se monter de toutes pièces dans sa tête et qui s’apparenteront probablement à des catastrophes.»
Pour Élise Bourque: «Il est normal que les enfants assistent à la manifestation de divergences d’opinion entre leurs parents. Ce n’est pas négatif, c’est même constructif. L’important, c’est aussi qu’ils soient témoins de leurs négociations et de leurs réconciliations. Pour comprendre que les problèmes se règlent en discutant, en échangeant. Mais une difficulté comme l’infidélité conjugale ne concerne pas les enfants. On peut répondre aux questions qui se présentent sans mentir, mais on n’a surtout pas à entrer dans les détails.»
Bien sûr, dans le meilleur des mondes, on se voudrait tous comme des loups, ces champions incontestés de la fidélité dans le règne animal, qui se trouvent et restent ensemble pour la vie. Mais la réalité n’est pas si tranchée; rien n’est totalement blanc ou noir. Surtout dans le domaine de l’affectivité, les zones d’ombre sont nombreuses. C’est donc à chacun de déterminer l’importance que l’on accorde à la fidélité, de connaître ses propres besoins et ses propres désirs et surtout de les manifester à l’autre. Car il ne faut pas oublier que la réussite d’un couple dépend pour beaucoup de la connaissance de soi de chacune des parties qui le constitue…